Socotra 2007

Ayant découvert émerveillée le Yémen en février 2006, à l'occasion du premier et à ce jour unique marathon en rollers organisé dans ce pays, je suis repartie en 2007 pour vérifier si les adeniums, dragonniers et autres arbres aux formes improbables vus sur les photos de Socotra existaient réellement.


Mercredi 21 février

Le vol de la Turkish Airlines qui doit me conduire à Sana'a via Istanbul est prévu à 11h30 à Orly Sud. Le rendez-vous est à 9h30 au comptoir ad hoc, un Orlybus part de Denfert-Rochereau à 8h50, je dois donc être partie à 8h35. Réveil mis à sonner en conséquence. Le sac a été laborieusement bouclé la veille (mais pourquoi donc ne les vendent-ils pas déjà pleins ?!). Quasiment prête à partir à 8h20, je juge indispensable de remplir au moins une de mes boîtes mail de messages assez lourds pour servir d'anti-spam. Allumage du PC, mise à jour de l'anti-virus nécessitant un redémarrage, connexion pataude, les lourds messages ne passent pas à la différence des minutes. J'interromps tout et sors en catastrophe avec mes 15 kilos de sac sur le dos. Sortie du métro. à Denfert, course vers l'arrêt de l'Orlybus : le départ est à 9h55, je suis en avance finalement.

Arrivée à Orly, une cigarette avant d'entrer dans le hall abondamment décoré d'affiches rappelant le décret du 15 novembre 2006 et ses 68 euros d'amende. Le comptoir de la Turkish Airlines se dissimule à une extrémité du bâtiment. Etiquette jaune Atalante dans la file d'attente : nous sommes au moins deux et deux à porter le même prénom, la suite révélera un autre doublon. Mon homonyme m'informe que l'on doit aussi enregistrer du matériel mais rien, ni personne ne l'indique alentours. La personne du bureau de la Turkish Airlines n'est pas au courant. Un groupe de 6 personnes porteuses d'étiquettes vertes, Terra Incognita, s'avère faire partie du même voyage. Ils ont réceptionné et enregistré le matériel, j'en fais autant avec mon sac.

Dernière pause fumeur et passage dans la zone internationale, où je croise une ancienne collègue en partance pour Ismir. Les boutiques censément hors-taxes sont décevantes : pour les passagers à destination de l'Union Européenne, les Gauloises Blondes sont plus chères que chez un buraliste. Le Yémen n'appartenant pas à l'Union Européenne, j'hésite à acheter une cartouche : Paris ou Istanbul ? J'opte pour Paris par ennui, en sachant qu'elles seront sans doute moins chères à Istanbul. La suite le confirmera : une cartouche de Marlboro coûte 30 euros à Paris, 18,50 euros à Istanbul et 10 euros à Sana'a mais ce sera pour le retour. Embarquement et décollage. Le vol dure 3h30 et curieusement pas le moindre nourrisson ne l'agrémente de ses hurlements. Aucun nourrisson non plus dans les cinq autres avions que je prendrai lors de ce voyage. Seraient-ils malades ?

Le repas est insipide mais à la différence de la Yéménia, la Turkish Airlines propose du vin, turc. Un papier placé en évidence sur le plateau avertit néanmoins en turc, anglais, français, allemand et arabe : "nos produits ne contiennent pas de porc".

4 heures de transit à Istanbul dont le seul intérêt est de pouvoir boire un café grec turc et de découvrir les autres membres du groupe. Nous sommes 12, une 13ème est déjà arrivée à Sana'a de Beyrouth. Poursuite de l'enquête sur les magasins hors taxes : pour l'alcool et les parfums, les prix sont identiques, voire supérieurs, à ce qui se pratique en France et les autres produits, souvenirs de Turquie ou matériel électronique sont sans intérêt. Curiosité : une pancarte porte un pied barré avec un message en turc et en anglais demandant de ne pas faire ses ablutions dans les lavabos des toilettes et d'utiliser plutôt les équipements prévus à cet effet.

Bien qu'on soit encore loin du tropique, la lune est déjà horizontale et, contrairement à ce que j'avais cru observer l'année dernière, sourit dans sa croissance. Il en ira de même au Yémen : la lune sourit en début de nuit et fait la tête en fin de nuit. C'est sans doute normal mais j'ai décidément du mal avec ces apparences lunaires. Il faudra un jour que je me décide à mener une enquête sérieuse.

Arrivée à Sana'a à 1h45, heure locale, soit 23h45 heure personnelle. Il est possible de prendre son visa sur place où il coûte 25 euros, contre 60 au consulat à Paris. Je le saurai pour mon prochain voyage, déjà plus ou moins programmé. Récupération des bagages, dont les tentes enregistrées à Paris. Accueil par un guide de Socotra Tours, agence locale organisatrice de notre séjour, qui restera avec nous jusqu'au départ pour Socotra. Traversée de la ville en bus. Elle n'a pas changé, l'architecture est toujours magnifique avec ses immeubles ocres aux fenêtres rehaussées de vitraux et encadrées de blanc (photos) et aux étages rigoureusement hiérarchisés : le rez-de-chaussée pour les animaux, le premier étage pour les réserves, le deuxième pour les enfants, le troisième pour les femmes et le dernier pour les hommes. La grande mosquée est toujours en construction. Seule nouveauté : des piles de réservoirs destinés à être placés sur les toits pour fournir de l'eau chaude, à l'instar de ce qui se pratique usuellement à Chypre. Règne toujours aussi cette insupportable odeur de gasoil et j'arrive, ou reviens, à l'Arabia Felix avec un mal de crâne carabiné. Nous logeons dans l'annexe. La chambre est propre, le sol des sanitaires est exceptionnellement carrelé, il y a même une baignoire mais l'absence de raccordement du tuyau d'évacuation du lavabo rappelle que l'on est au Yémen et l'eau s'écoule normalement sur le sol percé d'un trou. Couchée à 3h30 local, réveil prévu à 8h00.

Jeudi 22 février

Réveil prévu à 8h00 mais celui de Françoise, ma coloc' durant tout le séjour, n'a pas sonné. Réveil spontané à 8h20 pour un rendez-vous à 9h : panique ! Petit dej' avec buffet dans le jardin de l'Arabia Felix. Le guide nous conduit ensuite place de la Libération (photo) pour assurer d'abord l'indispensable : ryals au cours de 1 euro pour 259 ryals (30 ans avant, il paraît que c'était 4 ryals pour 1 dollar), cartes postales et timbres. Retour à la vieille ville (photos). J'apprends au passage comment traverser les rues encombrées de Sana'a : il suffit de lever la main et de s'engager résolument au milieu des voitures klaxonnantes, parmi lesquelles parfois se trouve un cavalier lancé au grand galop. Surprenant. Balade dans la vieille ville, où voitures et piétons se disputent l'espace étroit des ruelles. Les femmes sont voilées (photos). Je teste les vestiges de mes tentatives d'apprentissage de l'alphabet arabe, déchiffre laborieusement harâ (quartier) sur une plaque sans pouvoir aller plus loin : j'aurais dû réviser avant de venir mais de toute façon, il paraît qu'il vaut mieux dire aïe (zone). Nous traversons le souk jusqu'à Bab al Yemen, soit la Porte du Sud (photos), où un enfant poussant une brouette se propose comme taxi. Il nous accompagne jusqu'au bus et plaisante avec nous jusqu'à ce qu'un militaire, dûment armé, le chasse comme importun.

Déjeuner au restaurant Al-Shaibani, devenu une véritable institution avec plusieurs établissements. Peu convaincue par les sodas multicolores, je demande une non-alcoholic beer, moindre mal dans un pays qui n'admet aucune boisson alcoolisée, mais ne parviens à obtenir qu'une bouteille de Moussy, cidre sans alcool ou jus de pomme pétillant : pas mauvais en soi mais avec le poisson... Nous changeons de table pour le dessert, composé de miel, de pain, de banane et de dates, mélangés en une espèce de pâte brunâtre, sans doute pour gagner du temps. La manière de desservir aussi semble guidée par le souci d'efficacité maximale : les assiettes et les plats sont renversés sur la table judicieusement recouverte d'une nappe de plastique et celle-ci est ensuite emportée avec les restes.

Retour à l'hôtel pour une sieste dont je profite pour écrire les seules cartes postales que j'enverrai et qui arriveront peut-être un jour. Le réveil censé sonner à 15h00 ne sonne pas, du moins pas à 15h00. Nouveau départ en catastrophe. Retour dans le souk (photos). Thé sur la terrasse d'un bâtiment qui servait jadis à héberger les caravaniers (photo). J'accrois au passage mon vocabulaire arabe : lorsque quelqu'un vous dit choukran (merci), il convient de répondre afouan. Notre accompagnateur nous abandonne ensuite, après nous avoir rappelé le nom de l'hôtel dans sa version latine, Arabia Felix et arabe : Arabia Saïda. A l'estime, Françoise et moi nous engageons d'un pas assuré dans le labyrinthe de la vieille ville, pour devoir rapidement admettre que nous ne savons plus du tout où nous sommes. Des enfants appelés à la rescousse nous conduisent à peu près n'importe où sauf au Wadi As-Sailah, mon seul repère. Nous finissons par déboucher sur une grande artère, où Françoise sort un plan. Instrument certes utile mais qui ne nous dit pas où nous sommes. Interrogation gestuelle d'un commerçant. Ratchoub. Gné ? Ratchoub. Bon. Recherche sur le plan d'un nom qui pourrait y ressembler : Harat Sukrh ? Dénégation. Harat Shukr ? Toujours pas. Harat Shuub ? Approbation vigoureuse : nous avons traversé toute la vieille ville et sommes à proximité de la Porte du Nord. Reste à retrouver le Wadi. Sur la base du plan j'indique une direction. Approbation. C'est reparti. Une mosquée nous sert vaguement de repère. Interrogation d'un soldat en uniforme qui monte la garde de manière assez informelle devant un bâtiment à la destination incertaine. Intervention d'un autre qui parle plus ou moins anglais. Récupération du Wadi (photo) qu'il ne reste qu'à remonter pour retrouver l'Arabia Felix.

Michel nous avise au passage que l'apéro. est prévu à 19h00 au 1er étage. L'abstinence aura été de courte durée : ce soir, ce sera Ratafia ou Vodka. Dîner dans un restaurant libanais : mezze à profusion, puis méchoui, puis poissons, excellent mais comme souvent au Yémen beaucoup trop copieux. Retour à l'hôtel, l'avion pour Socotra est à 5h00, il n'y en a qu'un par semaine*, vaut donc mieux pas le rater : réveil prévu à 2h30...

* Un autre avion opère la jonction depuis Aden, le lundi, et des avions militaires assurent parfois les urgences médicales.

Vendredi 23 février

Réveil assuré par le téléphone de l'hôtel, ce qui était peut-être prudent vue la mauvaise volonté manifestée par celui de Françoise. Note personnelle : penser à acquérir un réveil de voyage. Rassemblement un peu hébétés devant l'Arabia Felix. A nos sacs s'ajoutent 19 cartons ou caisses de format divers et dûment numérotés que nous sommes censés emporter. Enregistrement de l'ensemble (15 000 ryals de prévisible surpoids) dans la pagaille générale. Récupération in extremis du sac de Jean-Yves, qu'un inconnu s'apprêtait à enregistrer sur un autre vol. Installation laborieuse, deux saoudiens parfaitement sereins bloquant le couloir de l'avion, le temps de caser leurs volumineux "sacs de cabine" dans des caissons non prévus à cet effet. Yalla.

Escale à Al Mukallah : l'avion écrasé près des pistes est toujours là. Arrivée à l'aéroport de Socotra à 7h45 (photos). La chaleur est déjà écrasante : 28° selon les sites météorologiques officiels mais qui ne tiennent compte ni du soleil, ni de la foule. Récupération des sacs et des 19 caisses noyées au milieu des colis les plus improbables. Repérage de Béatrice qui sera notre guide sur l'île. Trois 4x4 et un pick-up nous attendent. Bagages, caisses et bipèdes s'y entassent tant bien que mal. Au bord de la route, quelques adeniums, apparentés au laurier rose, donnent l'impression d'avoir été plantés à l'envers avec leur énorme tronc gris que surmontent quelques petites branches : endémiques, ils attestent que nous sommes bien à Socotra.

Arrivée à Hadiboh, ville principale de Socotra, qui compte environ 10 000 habitants, soit le quart de la population totale de l'île, du moins à en croire les chiffres très peu fiables du dernier recensement : pensant que des indemnités seraient peut-être liées à leur déclaration, les habitants ont spontanément donné des réponses surévaluées. Première impression déprimante : la ville est à moitié construite, des détritus traînent un peu partout dans la poussière, la rue que Béatrice qualifie de rue principale et qui est du moins la seule bitumée paraît vide en regard de celles de Sana'a et seul un abus de langage pourrait conduire à parler d'architecture. L'apparence des socotri est très disparate : certains, qui résident sur la côte, sont visiblement d'origine somalienne, alors que les socotri des montagnes ressemblent plus aux yéménites, avec une peau beaucoup plus sombre et cette disparité s'accompagne selon Béatrice d'un racisme des seconds à l'égards des premiers, jugés stupides.

L'hôtel ou funduk où nous passerons la première et la dernière nuit n'est ouvert que depuis trois semaines. L'apparence est conforme aux normes occidentales mais les malfaçons multiples : toutes les chasses d'eau ne fonctionnent pas, du moins pas à certaines heures, de même que l'éclairage, la serrure est ainsi montée qu'on ne peut ouvrir la porte sans utiliser la clef... Ce pourrait être pire. Béatrice nous apprendra plus tard que, lors de la construction d'une villa sur la base d'un plan censément clair, les lavabos, identifiés comme chasses d'eau, avaient été installés à 1,60 m du sol.

Il fait de plus en plus chaud. Le moindre geste me fait ruisseler. La climatisation ne fonctionne pas et occupe précisément l'emplacement de la fenêtre qui de ce fait ne s'ouvre pas. Un interrupteur finit par se trahir. Le ventilateur fonctionne, bruyamment certes, mais fonctionne et rend la pièce moins invivable.

Déjeuner à 10h30 dans un restaurant meublé de quelques tables en formica qui ont connu des jours meilleurs, et de chaises de jardins en plastique blanc. Au menu, du barracuda, pêché du jour et dont je recrache laborieusement les écailles associées à la première et imprudente bouchée. Quand on enlève la peau, il est excellent ce barracuda.

Proposition de sieste avec un rendez-vous prévu à 13h00 pour une première balade. Tamam. Départ en 4x4 : la plage avant s'orne d'une fourrure synthétique beige conformément à la mode yéménite, égayée pour l'un d'eux par un bouquet de fleurs artificielles orangées que surmonte une breloque pendouillant au rétroviseur. 13 participants + Béatrice + Nader, guide yéménite francophone en cours de formation + Salem, guide socotri + 3 chauffeurs, celui de notre 4x4 à fleurs s'appelle Taleh, se répartissent comme ils peuvent dans les trois voitures. Dans sa configuration la plus fréquente, notre cortège sera complété par le pick-up nécessaire au transport du matériel de camping, de la nourriture et surtout des pack d'eau minérale, mais s'ajouteront aussi le cuisinier, Dar, et un chamelier, Amar, de sorte que nous serons le plus souvent six ou sept par voiture.

L'infrastructure routière est en plein développement mais, d'importation récente, la circulation automobile demeure assez rare : la mobilisation de tous les 4x4 disponibles en décembre 2006 au bénéfice de 300 italiens a permis d'en dénombrer une soixantaine, dont certains dépourvus de pare-brise ou dans un état les destinant à une retraite définitive. Les piétons sur le bord de la route n'en tiennent pas toujours compte et Taleh klaxonne toujours à de multiples reprises à l'approche de piétons et en particulier d'enfants ou éventuellement de chèvres et de moutons toujours susceptibles de traverser inconsidérément.

Arrivée au point de départ de la balade du jour dans le Wadi Hayeft (photo). Une dizaine de locaux sont sur place. Une femme se prétend atteinte de la malaria, ce qui signifie peut-être seulement qu'elle a mal à la tête. Nous ne sommes évidemment pas compétents, ni équipés, pour lui fournir le moindre traitement mais des demandes similaires reviendront régulièrement durant la semaine : les socotri semblent fascinés par les médicaments, prêts à s'attribuer tous les maux pour en obtenir et sont enchantés quand on leur donne un comprimé de paracétamol ou de Maalox.

Nous avons déjà un guide socotri mais les hommes exigent que l'un d'eux nous accompagne. Menée parallèlement en français, arabe et socotri, la discussion est houleuse. Compromis final : nous aurons deux guides. Cours d'arabe accéléré : en arabe yéménite, oui se dit aioua et non nam, non se disant normalement la (je ne suis pas certaine d'être très claire là).

Première approche de la flore locale. Des arbustes, les crotons, se présentent sous une forme normale ou rétractée comme brûlés, pour se protéger des attaques des chèvres pour lesquelles ils deviennent ainsi toxiques. Béatrice nous met en garde contre les euphorbes (photo), aux humeurs abrasives et désastreuses pour le corps humain malencontreusement endormi sous leur ombre ou l'œil imprudent. Les tamaris sont originaires de Somalie mais les Sterculia sont endémiques (photo). Nés du sang d'un dragon vaincu jadis par un éléphant, les dragonniers ou Sandragons (Draceana cinnabari) endémiques de Socotra ressemblent à des plumeaux lorsqu'ils sont jeunes avant d'acquérir la densité de branchage qui les caractérisent (photos). Ils ne poussent qu'en altitude. Utilisée à des fins décoratives, leur sève rouge est tenue pour thérapeutique pour tout ce qui concerne le sang (hémorragie, menstruation...). Spécifiques au Wadi Hayeft, les Kartab (bien la peine d'être en vacances), menacés de disparition par les chèvres, ne subsistent plus qu'accrochés à des rochers qui les rendent inaccessibles (photos). Apparentés aux figuiers, ils ressemblent aux adeniums avec le même tronc en forme de bouteille mais s'en distinguent par leur couleur brune. Il faudra attendre mardi pour voir la troisième espèce d'arbre bouteille, les dendrosicyos socotrana, plus feuillus que les adeniums et dont le tronc varie du blanc au violacé (photos).

Pied droit, pied gauche, pied droit, pied gauche, arrêt photos pour ceux qui en prennent (un jour, peut-être, je me déciderai à acheter un appareil), pied droit, pied g..., caillou ! pied droit pied gauche... Il fait chaud. Ça grimpe. Christian révèle ses qualités de marcheur en partant loin devant au grand désarroi de Salem, très soucieux de la sécurité du groupe et qui, courant en claquettes dans les cailloux, tente de maintenir la jonction (photos). Rhalass ! (Laisse tomber !). Cinq heures de balade sous le cagnard après deux très courtes nuits. C'est dur. Je ne suis pas sûre de tenir longtemps à ce rythme.

Retour en 4x4 par une piste passablement défoncée. Dîner à Hadiboh avec Thierry et Camille, apiculteurs du Gâtinais engagés dans un programme de développement de l'apiculture socotri en partie financé par la France (Mieldugatinais.info). Retour à l'hôtel. Il faut préparer les sacs en sélectionnant le minimum indispensable pour deux jours car l'endroit où nous campons demain est inaccessible en 4x4 et le matériel pour la nuit acheminé à dos de dromadaires. Prévoir notamment un maillot de bain car nous croiserons un point d'eau dimanche et de quoi lutter contre le froid possible dans la montagne A Hadiboh en revanche il fait toujours aussi chaud. Dormir, enfin. Ce sera la première nuit raisonnablement complète depuis trois jours, malgré le réveil de Françoise qui se manifeste à 1h00 du matin. Ayant suffisamment fait la preuve de sa mauvaise volonté, il ne quittera dorénavant plus le fond du sac.

Samedi 24 février

Lever 5h, avec le soleil, pour éviter d'avoir à marcher aux heures les plus chaudes. Point de départ, l'école de Dixem. Tous les bâtiments scolaires de l'île sont conçus sur le même modèle : une grande bâtisse aux fenêtres grillagés donnant sur une cour fermée par des murs. Elles sont toutes financées par l'Arabie Saoudite et l'étude du Coran constitue l'essentiel, voire la totalité du programme. Certains échos laissent entendre que l'INALCO aurait un projet de développement de l'enseignement scolaire sur Socotra.

Nous marchons dans le massif calcaire d'Hagher où, après une bonne montée, se succèdent raidillons montants et descendants. Pied droit, pied gauche, pied droit, caillou, pied gauche, pied droit, branche, pied gauche... Les rochers affleurent dans un paysage plutôt aride. N'étaient les dragonniers, dont les silhouettes mycomorphes se découpent sur les crêtes, on pourrait se croire dans le Vercors (photos). Pied droit, pied gauche... Après quatre-cinq heures de marche, arrivée dans un campement de bergers (photos) pour le pique-nique, au menu presque invariable : khobz (pain, non levé, en galettes), thon en boîte, dont le Yémen est un grand producteur, Vache-qui-rit locale, œufs durs occasionnels et, concession aux usages occidentaux, des tomates, concombres, carottes et bananes, qui constituaient une bonne partie du contenu des caisses importées de Sana'a. Les socotri pour leur part se nourrissent principalement de chèvres, dans les montagnes, ou de poisson, sur la côte, de khobz et de riz, fourni gratuitement par l'aide américaine au détriment de la culture traditionnelle du millet, et à l'occasion de dattes pas mûres qui doivent suffire à leur permettre d'éviter le scorbut. Leur maigreur générale atteste que l'alimentation est très incertaine, en particulier durant la mauvaise saison, lorsque le vent rend la pêche impossible, car à l'instar du sauvage rousseauiste qui vend son lit le matin, ils conservent peu ou pas le poisson, ni ne font en général de réserves. Les quelques uns qui, comme les chauffeurs ou le cuisinier, parviennent à gagner un peu d'argent prennent aussi immédiatement du ventre.

Faune locale : un percnoptère, encore exotique dans son isolement (photos) , des starlings, noirs aux ailes rouges et à tête grise ou noire, des tourterelles, un grand corbeau, des moineaux, des perdreaux et d'autres oiseaux gris au long bec, de la taille d'un gros merle et impossibles à identifier.

Nous mangeons assis sur une natte installés par les bergers et sous un arbre qui sert de placard-penderie. Nous paierons le tchaï (thé) vu notre nombre mais refuserons d'acheter la chèvre, bêlant la tête entourée d'un tissu, que l'on nous propose avec insistance. Reconstitution de la réserve d'eau, parfumée à l'Hydrochlonazone : les 4-5 bouteilles de 75 cl dont chacun s'est pourvu le matin sont sérieusement entamées. Durant tout le séjour, nous aurons de l'eau minérale à volonté mais celle de la journée reste limitée par nos capacités de portage. Dans le campement, ni en général à Socotra, on ne jette rien : les bouteilles vides sont récupérées par les bergers qui s'en serviront pour garder le lait et les épluchures étonnamment dédaignées par les chèvres scrupuleusement ramassées.

L'après-midi est moins sportif que le matin. Les raidillons se succèdent mais plus descendants que montants et le plateau de Dixem où nous devons passer la nuit est assez proche pour autoriser quelques pauses. Pied droit, pied gauche, caillou, pied droit, branche, pied gauche, broussaille, pied droit, pied gauche, muret mal négocié, genou droit et un accroc au pantacourt auquel je promets une jolie pièce lorsque nous serons rentrés à Paris.

Arrivée en vue du plateau de Dixem, aucune trace des chameliers. Désaccords entre Salem et Béatrice sur le chemin à prendre. Pied droit, pied gauche... Dromadaires à bâbord : ils ne sont que deux, ce ne sont pas les nôtres. Pied droit, pied gauche... Toujours pas de chameliers. Les désaccords se radicalisent. Béatrice finit par comprendre. Erreur ou mauvaise volonté, les chameaux nous attendent non sur le plateau mais près du village de Firmin où nous devions déjeuner le lendemain, là bas, vous voyez le troisième mamelon à l'horizon ? Le village est juste derrière... Christian et Salem partent en éclaireurs pour s'assurer qu'au moins le repas est prêt et les tentes montées, en l'occurrence partiellement et mal montées mais montées. Béatrice peste tout le long du chemin contre l'incurie des chameliers, Salem, qui ne l'a pas prévenue du changement de programme, l'absence de fiabilité des socotri en particulier et des yéménites en général... le prochain trek se fera avec des suisses ! allemands de préférence !

Il est 17h00, la nuit tombe, très rapidement, à 18h00, il importe d'avoir passé auparavant une descente très caillouteuse que Béatrice présente comme le seul passage délicat. Mais il y a des cailloux partout et c'est à la lumière de la lune que nous les négocierons.

Arrivée au campement après une dizaine d'heures de marche. Cinq heures le premier jour, dix le deuxième, l'étape devrait certes être plus courte le lendemain mais une certaine logique mathématique nous fait craindre le pire...

Dîner après avoir fini de monter les tentes. Une bouteille de Ricard, relevant du matériel indispensable, apparaît sur la natte. Le chocolat, également indispensable, a mal supporté la chaleur et une des plaquettes devra attendre de redurcir dans la nuit ponctuée par les grognements des dromadaires.

Dimanche 25 février

Debout à l'aube. Les dromadaires attachés pour la nuit sont entravés avant notre départ. La plaque de chocolat a repris une consistance raisonnable et circule parmi les marcheurs, les chauffeurs et les habitants de Firmin (photo). Je distribue au passage quelques qalam (stylos) achetés par paquets de 15 à Paris, sans oublier les femmes assises à l'écart. Elles ne portent pas le tchador noir des femmes de Sana'a mais des foulards bédouins oranges, rouges ou bordeaux, décorés de motifs floraux ou géométriques le plus souvent noirs et blancs. J'espère en trouver un bordeaux à Hadiboh après avoir déjà fait provision de keffiehs à Sana'a.

Première mise en jambes dans la forêt de dragonniers de Firmin (photos), classée au patrimoine de l'humanité mais dont le renouvellement est menacé par les chèvres, qui broutent les jeunes pousses. Responsables aussi de la quasi-disparition des kartab, les chèvres constituent une menace à moyen terme pour le biotope : à Chypre, elles ont été éradiqués dans le cadre d'un programme de reforestation et le cheptel restant est obligatoirement parqué. Le tronc des dragonniers est curieusement spongieux et sonne creux comme celui des adeniums. Ni les uns, ni les autres ne peuvent ainsi servir de bois à brûler. Nader entreprend de nous enseigner quelques rudiments d'arabe et je prononce la seule phrase complète de mon séjour : ana chouf wadi, je regarde l'oued en l'occurrence de pierres rouges (photo), couronné sur la gauche de falaises blanches, au sommet desquelles nous nous arrêterons demain. Plus bas, un adenium en fleurs s'attire les honneurs des photographes (photo) : son seul mérite est d'être le premier car, à cette altitude, loin de la mer, nous en verrons des centaines.

Visite du village en compagnie des chèvres. Toutes les habitations sont de plain pied, entourées de murs de pierres sèches délimitant des patios, parfois plantés, qui paraissent labyrinthiques vus de l'extérieur. Retour au campement. Les chameliers ont commencé à bâter les dromadaires. Tous refusent la proposition d'Amar de monter sur l'un d'eux. J'accepte. Son dromadaire paraît jeune ou est à tout le moins plus petit et plus gracile que les autres. Une couverture est ajoutée au bât. Les pattes avant sont entravées en position pliée. Amar me montre comment monter dessus tandis que la bestiole manifeste sa mauvaise humeur en mordant l'air alentour. Je grimpe dessus comme je peux. M'installe sur la couverture et me cramponne aux cordes du bât pendant que l'animal se relève. Ça glisse. Je redoute la première descente, pousse sur les bras pour ne pas basculer vers l'avant et jette l'éponge au bout de 300m. Rhalass (photos). Pourtant le jeune garçon aperçu la veille montant un dromadaire à cru, installé entre les hanches et la bosse semblait très à l'aise. Ce doit être la faute du bât...

Descente au milieu des adeniums en fleurs dans le Wadi di Ehro tout de granit rose (photos). Pied droit, pied gauche... Les dromadaires empruntent un autre chemin et nous laissent l'essentiel des cailloux. Pied droit, pied gauche, caillou, joli caillou. Ne pas ramasser tous les jolis cailloux ! C'est lourd après dans le sac. Au terme de deux-trois heures de marche, nous arrivons à un premier plan d'eau au fond du wadi. Des enfants s'y baignent déjà, les garçons en slip, les filles habillées qui ont seulement ôté leur voile et le rajustent précipitamment en nous voyant arriver. Nous ne pouvons décemment envisager de nous mettre en maillot de bain en leur présence et gagnons un autre plan d'eau (photo), dissimulé au milieu des palmiers entre lesquels il faut se frayer un chemin. Ça pique ! (photo) Les cailloux n'arrangent rien et Jacky quelque peu groggy arrive le visage en sang à l'endroit choisi pour le pique-nique. Tee-shirt, chaussettes et pantacourt troué sont rincés dans l'eau et mis à sécher sur des rochers. Baignade au milieu des crabes, qui ne dédaignent pas de grignoter les orteils trop longtemps immobiles. Le soleil est brûlant. Mon allergie aux mains se réveille. La nuque protégée par le chèche est intacte, le visage et les bras dûment enduits de crème solaire résistent à peu près mais la gorge oubliée est brûlée. Antoinette, qui prend le feu, intervient. Difficile d'établir jusqu'à quel point, l'opération est efficace.

Longue pause déjeuner à l'ombre, puisque nous avons fait la veille au soir l'essentiel de l'étape du jour. Nous repartons en milieu d'après-midi et croisons deux habitants de Muzaba, peu enchantés par notre baignade : ils collectent l'eau par un tuyau placé dans le même bassin. Nous n'avons utilisé ni savon, ni shampoing, le dommage devrait être limité. Arrivée à Muzaba. Salem et le cheikh se saluent à la manière socotri incluant de se frotter le nez et quelque chose qui s'apparente à un baise main. Tchaï offert par le cheikh, assez imbu de sa personne et mal remis de sa rencontre avec Miranda (Hvala), auteur d'un ouvrage de référence sur Socotra, qu'il a accompagnée quelques temps. Nous distribuons les œufs durs restant de notre pique-nique, qu'un homme âgé examine avec circonspection avant de se résoudre à le manger : il y a peu de poules dans les villages et les œufs sont rares. Mis en présence d'un paquet de biscuits, les enfants auront moins d'hésitation mais nous serons tout aussi circonspects à l'égard des dattes pas mûres qui nous sont généreusement offertes et que nous laisserons plus tard aux chauffeurs.

Les 4x4 sont à deux-trois kilomètres du village. Le feu est déjà allumé pour faire cuire les chèvres du dîner : l'une vient de Firmin, l'autre de Muzaba, pas de jaloux. Récupération des gros sacs et des sacs des chameaux. Installation. L'apéro. sera ce soir au Glenlivet et je juge prudent de ne pas tester plus longtemps la résistance à la chaleur des tablettes de chocolat restantes. Le cheikh nous rejoint et commence à chanter. Musicien, Jacky prend la direction de la réponse et nous entonnons en chœur Elle descend de la montagne avec toute la vigueur que peuvent donner de très généreuses rations de whisky. Réponse des socotri. Frère Jacques en canon. Réponse à deux voix des socotri. Nous leur laissons le point : il est tard, presque 21h, leïla saïda.

Lundi 26 février

Réveil à l'aube. Petit déjeuner au milieu d'une douzaine de percnoptères qui, semblables à de gros poulets, se promènent dans le campement, très intéressés par les restes de la veille (photos). Les versants de la vallée sont encore et toujours parsemés d'adeniums en fleurs mais l'un d'eux semble plus feuillu que les autres. Réprobation de Béatrice : comment ai-je pu ne pas reconnaître un dendrosicyos ? Hum (photo). Distribution de qalam à tous les enfants qui passent pour aller à l'école et notamment à deux fillettes, qui plus loin assureront à Béatrice qu'elles n'ont rien reçu... Dar, Amar et les chauffeurs veulent aussi leur qalam : ce n'est pas trente mais soixante stylos que j'aurais dû apporter.

Nous devons gagner ce soir la plage de Ras di Hamri avec deux options : soit arriver dans l'après-midi après 4-5 heures de balade constituée d'une longue montée pas très difficile et d'une fastidieuse descente sur une piste en mauvais état, soit partir en 4x4 pour arriver le matin. Christian, Françoise n°2, Michel et mon homonyme ont opté pour la version sportive et sont partis en compagnie de Salem, j'ai opté pour la version paresseuse : petite forme, pas assez roulé cet hiver, toussa. Descente en 4x4 par une piste correcte. Arrêt photo. près d'un bel adenium en fleurs. Un tout petit à son pied émerge entre deux pierres (photos). Traversée d'un bosquet de dragonniers, dont l'un a exactement la forme d'un cèpe noir, les autres ressemblant plutôt à des girolles. Deuxième arrêt point de vue, au sommet de la falaise blanche aperçue la veille. Troisième arrêt dans un village pour acheter un peu de sang de dragon et des brûle-encens décorés avec le susdit.

Retour à Hadiboh. L'impression est moins déprimante que le premier jour. Peut-être en raison de l'arrivée de l'avion d'Aden, donc du qât, dont la consommation est plus exceptionnelle à Socotra que sur le continent, les rues commerçantes se sont animées (photos). J'y cherche vainement un beduin chamarr li imra (foulard bédouin pour les femmes) et rejoins les autres attablés devant un jus de mangue dans un boui-boui, conseillé par Béatrice. La boisson à 50 ryals est garantie sans adjonction d'eau mais sa préparation s'avérera ensuite inclure des glaçons. C'est trop tard. Inch Allah.

Départ pour Ras di Hamri après une vague hésitation sur le partage des tâches des chauffeurs : Taleh censé aller chercher les marcheurs dans l'après-midi n'avait pas prévu de nous y conduire aussi. Quitter la route pour une piste, le long de laquelle sont disséminés des tas de pierres. Par gestes, Aurélie, Jean-Yves et moi signifions à Taleh notre interrogation sur leur destination mais évidemment sans comprendre sa réponse, tout au plus qu'ils ont un rapport avec des maisons (bayt en arabe dialectal), la suite nous apprendra qu'il s'agit de simples accumulations de matériaux de construction (private joke).

La plage de galets est située dans une anse délimitée à l'est par deux gros rochers rouges. Des paillotes fournissent une ombre appréciable. Sommaires, les sanitaires ont le mérite d'exister. Les tentes prémontées en revanche se révèlent si peu satisfaisantes, quantitativement et qualitativement, que nous préférons monter les nôtres. La tentation de rapporter quelques gros coquillages est forte mais leur exportation est interdite, je me rabats sur de plus petits, des porcelaines, des coraux, blancs ou rouges... Ne pas ramasser tous les jolis coquillages ! C'est lourd après dans le sac !

Après échange prudent de mes nouveaux verres de contact contre de plus anciens, premier essai des masque et tuba achetés juste avant le départ. Jean-Yves m'accroche le tuba au masque et m'apprend à m'en servir mais omet de me préciser qu'il faut se garder d'ouvrir la bouche quand on inspire sous peine de se retrouver avec plein d'eau dans la bouche. Et comment je peux deviner, moi, si on me dit rien ?! Massive erreur du jour, rester une trentaine de minutes dans l'eau sans tee-shirt, que mon dos ne manquera pas de me le rappeler douloureusement pendant les prochaines nuits. Reprise du barbotage dûment couverte et observation de la faune : une étoile de mer bleue, un poisson clown aux rayures d'un orange très sombre, un poisson trompette, d'autres uniformément bleu sombre avec nageoires et queue jaune d'or, peut-être des chirurgiens à queue jaune, d'autres encore gris foncés avec l'extrémité des nageoires et de la queue bleu ciel et mes préférés, bordeaux parsemés de quelques taches multicolores. Sergine a perdu une boucle d'oreille quelque part près du bord. Longues et vaines recherches.

Retour aux paillotes où nous attendent les boîtes de thon, le khobz et la Vache-qui-rit mais aussi deux grands saladiers de tomates, carottes, concombres et oignons. Choukran Dar. Sieste en attendant l'arrivée des marcheurs et le retour dans l'eau. Un groupe d'italiens est arrivé entre temps et trouve normal d'emprunter le matériel qu'Aurélie a mis à sécher, s'étonnant qu'elle veuille s'en servir alors qu'ils auraient souhaité nager encore un peu. Remontée de l'anse à pied. Rencontre d'un mince serpent gris rayé de jaune. Béatrice nous assure qu'il n'y en a pas de venimeux sur Socotra. On va peut-être éviter de faire l'expérience : l'île ne contient aucune infrastructure médicale, seulement deux médecins, et les rapatriements d'urgence par avion militaire ne sont possibles que si l'armée n'en a pas aléatoirement décidé autrement. Retour à la nage. Je ne parviens à respirer correctement qu'à la condition de rester très concentrée et me retrouve rapidement avec plein d'eau dans la bouche. Je patauge assez lamentablement mais une autre est déjà en perdition, soutenue par Béatrice et Jean-Yves. Je me débrouille comme je peux pour regagner la rive et privilégie ensuite les endroits où j'ai pied.

Retour aux paillotes, je mets à sécher mon tee-shirt à la gloire des 60 ans de l'ONU, maculé de sel et de crème solaire. Il restera sur place, conformément à l'accord que nous avions passé à Paris. Le soir tombe vite, Dar et les chauffeurs ont demandé l'autorisation de mettre de la musique pour faire la fête, autorisation accordée par Béatrice jusqu'à une heure raisonnable. Les italiens s'agitent bruyamment en mangeant leur homard. Même pas jaloux : demain on aura de la langouste ! La misanthropie me gagne et je vais me réfugier au bord de l'eau : un peu de silence et de tranquillité avant d'aller dormir.

Mardi 27 février

Départ 4x4 jusqu'à Halah (photo). Quelques flamands roses barbotent dans un étang d'eau saumâtre sur le bord de la route. Remontée d'un wadi. Pied droit, pied gauche, pied droit, caillou, pied gauche, rocher, main droite, main gauche, pied droit, pied gauche... Des calampoe (caralluma socotrana), plantes grasses endémiques à fleurs très rouges; des dendrosicyos, au tronc blanc violacé et aux fruits en forme de concombre, qu'il ne faut donc surtout pas confondre avec les adeniums ou les kartab (photos), quelques très beaux dragonniers en forme de cèpes (photo). Béatrice a imposé un ordre de marche en gardant juste derrière elle Lucette que je rattrape comme je peux lorsqu'elle manque de basculer en arrière. Pause près d'une vasque turquoise. Presque tous se baignent (photos). Fuyant le soleil, je préfère me réfugier dans une grotte (photo) : je me suis déjà baignée la veille et l'avant-veille, faut pas abuser, il va me pousser des nageoires ! L'accroc qui jusqu'à présent se cantonnait à une taille raisonnable de 2 cm s'est brutalement aggravé. Pas certain que le pantacourt soit récupérable.

Poursuite de la montée du wadi sur des rochers blancs polis par les eaux et entre lesquels s'écoulent un filet d'eau ponctué de bassins, parfois occupés par un ou deux crabes. Arrivée à proximité de la plantation d'arbres à encens de Homhill (photos). Pratique universelle : des inscriptions sont grossièrement gravées dans le tronc des adeniums (photo). Selon Béatrice, il doit s'agir d'invocations à Allah, mais le mot ne s'y trouve pas et j'opterai plutôt pour l'équivalent local de "riri aime paulette".

Quelques vaches stationnent à l'entrée de la plantation. Comme toutes celles que nous avons vues à Socotra, elles sont petites mais très belles, souvent noires, le poil luisant, ni trop grasses, ni trop maigres. L'une d'elle ne s'écarte pas et menace de m'encorner lorsque j'ai le tort de m'approcher de trop près. Certains achètent de l'encens. Déjà amplement pourvue depuis mon précédent voyage, je me contente de distribuer les bouteilles d'eau vides et des biscuits aux filles restées à l'écart (photos). Puisque je n'ai pas trouvé le chamarr de mes vœux à Hadiboh, une idée serait d'en acheter un directement dans un village mais aucune des femmes que je vois ne porte le bordeaux que je cherche. Au bout de quelques minutes, un des hommes du village nous signifie que nous ne pouvons rester assis là. Nous traverson la plantation d'encens (photos) et repartons par la piste. Nous avons croisé en haut des touristes français venus de Ras di Hamri en 4x4 mais Béatrice estime la piste trop dangereuse et il est entendu que nous descendrons la première partie à pied, ce qui parfois s'avère effectivement très délicat. Pied droit, pied gauche, glissade, pied gauche, pied droit... Le soleil tape. Il fait chaud. L'ombre des 4x4 retrouvés dans un virage est appréciable. La suite de la piste est encore assez sportive. Applaudissement de Taleh après le franchissement d'une succession de raidillons particulièrement délicats.

Traversée nord-sud de l'île. Le paysage devient plus aride. Dragonniers et adeniums disparaissent (photos). Pause déjeuner à l'ombre des palmiers dans un wadi à sec. Un vingtaine de percnoptères traîne dans les parages, des fois que... Deuxième arrêt près d'un plan d'eau, trop pleine d'algues pour se baigner mais non pour un concours de ricochets entre Jean-Yves et Jacky : ex æquo.

Arrivée à Mahferhin (photos), village de pêcheurs situé sur la côte sud dans lequel la poussière et le sable sont rois. Accueil dans la maison de Mohamed : Une pièce de réception, un mafraj, dans laquelle nous nous installons pour le tchaï et bordé par une autre pièce réservé à la famille, deux petites bâtisses en face, dont l'une sert de cuisine, les bâtiments sont reliés par un mur de pierres délimitant un patio, au centre, un arbre, dans un coin un local non couvert renferme une barrique d'eau et divers récipients servant de cuvettes ou accrochés pour servir de douche. Une multitude d'enfants tournent autour de l'enceinte. Quelques uns ont des vélos, les premiers que nous voyons sur l'île. L'un d'eux me propose le sien. Pas sûre de comprendre, je désigne le vélo, puis moi-même en prenant l'air étonné. Confirmation. Je désigne de nouveau le vélo puis moi-même d'un air effaré. Nouvelle confirmation. Je devrai donc prouver que je monte mieux à vélo qu'à dromadaire.

Tandis que je cherchais à me rincer les mains pour enlever mes lentilles sans me mettre trop de poussière dans les yeux, les autres sont partis. Je tourne seule dans le village, passe près de la mosquée, l'une des plus vieille de Socotra, salue au passage les femmes intriguée par ma présence, croise deux hommes dont l'un refuse catégoriquement de me serrer la main. Discussion mimée avec l'autre d'où il ressort que le tabac fait tousser, la suite paraît concerner la boisson ou l'alcool mais la signification de ses effets réels ou supposés reste obscure. Retour à proximité de la maison de Mohamed, où je joue au monstre avec les enfants avant d'entamer avec les femmes une discussion qui s'arrête très vite : j'improvise un très approximatif la tkelem arabia et elles ne parlent pas anglais.

Les autres reviennent et, après l'incontournable Ricard, nous attaquons les langoustes, pêchés un peu en avance car l'ouverture officielle est fixée au 5 mars. Moyennant un supplément de 1000 ryals, nous en avons une chacun et Dar les ouvre toutes pensant se réserver les têtes, qui lui seront âprement disputées par quelques autres. A la fin du repas, Béatrice, Aurélie et moi, bientôt rejointes par Lucette, allons discuter avec les femmes, en compagnie de Nader dûment autorisé à assister à l'entetien comme traducteur. Les questions portent sur le mariage, l'existence de contrats de mariage en France, le fait que nous ne portions pas le voile ("chacun est libre"). Nous apprenons que les femmes se marient vers 15 ans, qu'elle peuvent choisir leur premier mari mais non le second en cas de divorce et qu'elles ont en moyenne entre quatre et cinq enfants. Je m'attendais à pire. Leur estimation de nos âges est aberrante : Aurélie qui a la trentaine se voit initialement attribuer l'âge de 14 ans.

Nous étions censés tous dormir dans le mafraj mais la perspective de s'y entasser à quatorze en a dissuadé plusieurs. Trois tentes ont été montée en fin d'après-midi sous le regard intrigué des enfants. Je tente (!) d'obtenir qu'un seul regarde à l'intérieur et fasse le récit aux autres. En vain, tous veulent regarder. Françoise et moi en avons investi une, certains dorment dans la cour. Mon dos commence à rappeler durement mes imprudences de la veille. Ça brûle.

Mercredi 28 février

Petit déjeuner dans le mafraj. Distribution aussi équitable que possible de bouteilles vides. Certaines fillettes les dissimulent maladroitement pour prétendre ensuite n'avoir rien reçu. Une autre refuse de s'approcher et je dois la lui lancer. Départ en bateau avec Mohamed pour le village de Matiaf, plus à l'est et séparé de Mahferhin par une longue falaise grise (photos). Débarquement incertain sur un ponton naturel, dont la surface a été percée et découpée par la mer (photo). Traversée du petit port en évitant autant que possible de marcher sur les filets de pêche (photos). Report de l'invitation du cheikh à prendre le tchaï. Remontée partielle du Wadi Faleg (photos) partiellement à sec que, n'était un changement de programme, nous aurions dû descendre depuis Momi sur toute sa longueur (7 kms) au milieu de rochers parfois escarpés : l'inégalité de nos qualités de marcheurs-grimpeurs a dissuadé Béatrice de nous engager au moins dans partie la plus difficile.

Premier arrêt à l'ombre de surplombs rocheux tout juste assez élevés pour s'asseoir (Attention la têêête ! Trop tard...) et précision du programme du jour. Il y aura deux groupes : un rapide mené par Béatrice censé pouvoir gagner une vasque située à trois-quatre kilomètres, un plus lent, accompagné par Nader, qui rebroussera chemin en cas de besoin. Yalla. Montée à un rythme beaucoup trop rapide dans un chaos de cailloux et de rochers entre lesquels aucune voie ne paraît moins impraticable qu'une autre. Pied droit, pied gauche, pied droit, main droite, main gauche, sauter à pieds joints en espérant que le caillou soit stable, pied droit, pied gauche, caillou, rocher... Partie avec un temps de retard, je renonce rapidement à rattraper les premiers et me borne à les entrapercevoir de temps à autre. Il fait chaud. Le chemin, ou en l'occurrence son absence, est dur. Presque à bout de force, hésitant entre l'hypoglycémie et le coup de chaleur, je rejoins Aurélie et Pascale n°2, arrêtées à l'ombre d'un rocher. Boire et repartir. Pied droit, pied gauche, rocher, sauter, grimper, trébucher... Béatrice nous attend un peu plus loin. On approche d'un plan d'eau dans lequel Christian a déjà plongé. Ce n'est pas le bon. Traversée à gué, cailloux, rochers, grimper, quelques mètres en terrasse, grimper de nouveau, deuxième terrasse, broussailles, caillou, rocher... La vasque est enfin en vue, bleu sombre au milieu des rochers blancs, alimentée par une cascade jusqu'à laquelle je n'aurai pas le courage de nager. M'asseoir d'abord, à l'ombre, boire, manger un peu, pas bien. Nous avons mis moins d'une heure pour 1h30 annoncée. Quand je disais que c'était trop rapide ! Une petite heure pour patauger dans l'eau, où certains cherchent les anguilles. Ceux de l'autre groupe nous rejoignent les uns après les autres, deux seulement auront renoncé et rejoint Mohamed en bas du Wadi. La redescente est moins dure que la montée. Après force sauts, grimpettes, recherches vaines de passages moins calamiteux que les autres, retour au surplomb (la têêête ! trop tard...) pour déjeuner.

Retour à Matiaf. Distribution des bouteilles vides. Tous les verres disponibles dans le village ont été réquisitionnés pour le tchaï. Le port, le ponton, le bateau. Au fond de la barque, un carton avec cette inscription : keep in a dry, cool place. C'est pas gagné... Rassemblement des sacs à Maferhin. Vaine recherche des lunettes perdues de Lucette, Dar ayant omis d'informer quiconque qu'il les avait récupérées. Dernière discussion avec les femmes. L'une porte un de ces foulards bordeaux que je n'ai pas trouvé à Hadiboh. Je le signale à Béatrice et, après interrogation d'Aurélie sur le vocabulaire ad hoc (beau = gamil), indique à la femme qui le porte qu'il me plaît beaucoup : gamil, koul gamil. Massalama. Retour aux 4x4, où Béatrice me rejoins le foulard à la main. La femme, dont j'ignore le nom, est aller se changer et le lui a donné en refusant tout paiement. Reste à inventer les modalités du contre-don.

Trajet en 4x4 jusqu'à Qalansya, sur la côte nord. La piste suit la mer masquée par des dunes blanches, longe un camp militaire. Trois tanks et quelques batteries aériennes hors d'usage rappellent l'occupation soviétique, de 1970 à 1989. Perdu sur la plaine côtière déserte, le camp lui-même est des plus frustes, constitué des mêmes habitations en pierre sèche que les villages de l'île : y être affecté, constitue-t-il une mesure disciplinaire ?

Arrivée sur une route. Traversée sud-nord et bifurcation à gauche vers Qalansya située à une soixantaine de kilomètres d'Hadiboh. Les tentes prémontées à proximité d'une plage sont plus satisfaisantes que celles de Ras di Hamri. Mon dos continue de se venger et Lucette me passe d'autorité à la Biafine. Devant la réticence des chauffeurs, Jean-Yves a renoncé à sortir un saucisson mais la bouteille de Ricard est bien présente. Le repas s'achève sur des biscuits, qui semblent avoir été abandonnés avec les tanks et les batteries aériennes. Il paraît que l'une des caisses apportées de Sana'a en est pleine. Peut-être passeront-ils mieux avec le café du lendemain.

Jeudi 1er mars

Les biscuits tchétchènes vont effectivement assez bien avec le café. Départ en 4x4 jusqu'au port de Qalansya, beaucoup plus peuplée, plus animée et plus sale que tous les villages traversés depuis une semaine. Beaucoup d'enfants sont rassemblés devant l'école, dont la cloche sonne au moment où nous arrivons. D'autres sont sur le port et se précipitent sur nous en réclamant qalam, qalam, comme le font ceux des villages des environs de Sana'a. De nombreux touristes, du moins à l'échelle de Socotra, sont déjà sur le quai ou dans les barques. Certains ont des gilets de sauvetage, pas nous : ce doit être plus cher.

Deux bateaux nous conduisent le long de falaises ocres, percées par la mer et le vent de multiples cavités vers lesquels on aimerait pouvoir grimper (photo). Le temps est nuageux. Il ne fait pas trop chaud. On est bien. Petite pensée pour ceux qui s'entassent dans les stations de sports d'hiver dépourvues de neige... La barque frôle parfois la falaise. Une aigrette à pattes rouges, des fous sans doute pas de Bassan, des cormorans (photo) surtout : rassemblés par dizaines sur un minuscule îlot rocheux dont ils plongent par vague à notre approche. Certains aperçoivent la tête d'une tortue. Un requin rayé passe sous le bateau. On guette les dauphins, qui se font désirer mais finissent par apparaître : un, deux, trois autres un peu plus loin, deux autres encore... (photos) On renonce à les compter. Aucun d'eux ne s'approchera du bateau, ni n'entreprendra de le suivre : s'agirait-il d'une légende ?

Arrivée à une immense plage de sable blanc (photo), où nous investissons l'un des très rares minuscules bosquets susceptibles de fournir un peu d'ombre. Deuxième essai masque/tuba (ne pas ouvrir la bouche en inspirant...). Traversée d'un banc d'innombrables petits poissons, dont deux dauphins faisaient leur déjeuner avant notre arrivée. En dépit de la bonne volonté d'un oursin aux épines roses, de quelques poissons coffres et d'autres qui sont peut-être encore des chirurgiens à queue jaune, le sable rend la faune moins intéressante que dans les rochers de Ras di Hamri. Retour sur la plage. Pause saucisson sous le bosquet en compagnie de moineaux sautillant sans crainte à quelques centimètres de nous. Le soleil est brûlant et le squelette presque complet d'un dauphin qui gît un peu plus loin incite à la prudence. Deuxième accroc sur le pantacourt en m'asseyant sur une branche. Sa cause est entendue, il restera dans une poubelle du funduk d'Hadiboh.

Retour à Qalansya. Les nuages se sont définitivement dissipés. Le soleil tape. Des poissons sautent, parfois très haut, près de la barque. Dauphins à proximité : Pascale n°2 et Christian se mettent à l'eau pour les approcher, en vain. Avec le reflet de l'eau, les oiseaux paraissent turquoises. Débarquement sur une autre plage de sable blanc. Remontée à pied de la colline le long d'une dune de sable blanc. Vue sur la plage et la mer qui présente toutes les nuances séparant le turquoise du bleu très sombre. Si on aime le blanc et le turquoise... (photo)

Pique-nique en dehors du village à l'ombre des palmiers (photo). Dar nous a préparé du thon, pas en boîte, excellent. Tamam samaka, choukran. Un peu plus loin, un jeune garçon se débat avec un âne : il tente désespérément de passer sa jambe pour grimper sur son dos mais sa maladresse et la mauvaise volonté de l'âne qui ne cesse d'avancer vouent l'entreprise à l'échec jusqu'à l'intervention d'un tiers. Entre temps cinq chèvres ont découvert notre pique-nique. Les chasser à coup de pierres : les animaux, pas sur la table, sauf après cuisson.

Retour à Hadiboh (photos). Le trajet qui prenait une journée avant la construction de la route s'effectue maintenant en une heure, ponctués de nombreux coups de klaxon à destination des piétons, chèvres et moutons qui menacent de traverser la route. Passage à l'hôtel pour une douche, avec savon et shampoing quasiment oubliés depuis une semaine. Vêtement propres. Déambulation dans la ville à la recherche d'autres beduin chamarr li imra. On en trouvera quelques uns dans une boutique nommée Aux Merveilles de Paris (ça ne s'invente pas : photo) mais pas de marouaze léger, du moins pas d'une couleur qui me plaise. Organisation du contre-don : un miroir acheté sur place, une petite trousse rouge fournie par Antoinette dans laquelle sont rassemblés des échantillons d'eau de toilette et de crèmes de soin et un pot de miel de Socotra acheté à la boutique de Camille et Thierry; Nader qui doit repasser à Maferhin la semaine prochaine avec un autre groupe se chargera de l'acheminement. Dans la boutique de miel, certains achètent des couteaux fabriqués avec des produits locaux : fourreau en peau de vache, manche en corne de chèvre, lame en acier de tank et bague en tôle de voiture. Les pots de miel sont soigneusement scellés avec du ruban adhésif mais la suite montrera l'utilité de compléter cette précaution par un triple emballage de plastique, d'autant que, sauf à prendre le risque d'une confiscation, il leur faut voyager en soute.

Discussion avec Thierry d'où il ressort que mon idée géniale de développer la fabrication du fromage, inexistant à Socotra, ne l'est peut-être pas tant que ça : faute de froid suffisant, l'opération est paraît-il impossible, voire dangereuse, et il serait peu judicieux d'encourager l'élevage des chèvres, qui nuisent déjà suffisamment à la flore. Ce qui reste de la bouteille de Ricard est vaguement dissimulé dans une bouteille d'eau minérale et terminé pendant le dîner avec du foie gras apporté par Michel et mangé, faute de toast, sur du pain d'épices ou du khobz. Retour à l'hôtel où le choix entre la chaleur et le bruit du ventilateur se révèle cornélien.

Vendredi 2 mars

L'avion du retour est à 8h45, grasse matinée exceptionnelle jusqu'à au moins 6h00 mais mieux vaut ne pas trop traîner quand même : l'enregistrement des bagages et l'embarquement sont sportifs, la concurrence est rude notamment avec un groupe d'italiens et, devant l'affluence, le personnel de l'aéroport finit par donner priorité aux étrangers. Escale à Al Mukalla puis survol du Yémen : d'interminables plateaux qui paraissent vides, jusqu'à ce que l'on survole le désert, encore plus vide, jusqu'à Marib. Ensuite, villages et cultures se multiplient jusqu'à Sana'a où nous atterrissons vers midi. Récupération laborieuse des bagages au milieu d'un grand nombre de sacs gris estampillés diplomatic pouch et de cartons d'où s'échappent des odeurs de poissons ou par la déchirure desquels on aperçoit parfois un morceau de viande. Dehors, il fait nettement plus frais qu'à Socotra et, sous la direction de Noman (Yementrek.com), notre guide pour les deux derniers jours, nous partons en bus vers Shibam. La traversée de Sana'a est épique, entre les marchés et les gens pressés de rentrer chez eux pour le déjeuner dominical vénérien du vendredi, parés de leurs plus beaux vêtements. Odeur de gasoil et bruits des klaxons : mal au crâne.

Sur la route de Shibam, arrêts aux points de contrôle auxquels Noman donne à chaque fois un nouveau papier, qui doit être une autorisation de circuler. Les piétons qui marchent au bord des routes me semblent moins systématiquement armés que l'année précédente. Les femmes, tout en noir à Sana'a, portent plus volontiers ici le voile traditionnel plus coloré ou éventuellement un voile noir mais parés de broderies dorées ou multicolores. Arrivée à Shibam, envahi par des dizaines de 4x4 de touristes. Après la solitude de Socotra, le choc est rude. Le restaurant est une institution qui, dans un labyrinthe de mafraj, sert un menu typiquement yéménite : riz, viande, omelette à la tomate, plat traditionnel très épicé, autre plat constitué d'un mélange de pain, d'huile et de graines de pavot, fèves, qui révéleront dans la soirée l'ampleur de leur pouvoir de nuisance, et un très bon gâteau au miel, pour ceux qui auraient encore faim (photo).

Rapide passage à Thula (photos), que l'on se borne à contourner pour éviter le harcèlement de tous ceux qui cherchent à vendre des bijoux, des tissus... La choukran. Rhalass. Les abords immédiats sont transformés en décharge où prédominent les bouteilles d'eau et surtout les sacs en plastique noirs utilisés pour vendre le qât (photos). Grandes amatrices de cartons, les chèvres en effet dédaignent encore le plastique. Idée géniale du jour : des sacs en papier ne peuvent convenir à la vente du qât car l'usage veut qu'on le rince à l'eau au moment de le vendre et c'est pourquoi les sacs en plastique sont percés; en revanche, on pourrait promouvoir l'usage de sacs en tissu, réutilisables, voire personnalisables, de manière à réduire au moins une des sources majeures de pollution des villes*. Françoise relèvera plus tard qu'à défaut de ramassage des ordures, un système de récupération des canettes métalliques, voire des bouteilles d'eau, rapportées en échange d'une consigne avant d'être recyclées pourrait également être mis en place. A défaut, métal et plastique signalent l'approche de chaque village et jonchent la plupart des rues.

Nous partons à pied pour Hababa au milieu de champs en terrasse dont la terre est déjà prête pour la mousson de mai-juin (photos). Un orage gronde à l'horizon (photos). Nous évitons tout juste la pluie. Le chemin n'est pas difficile, peu de dénivelé mais je dors debout et le passage brutal du niveau de la mer à 2600m est épuisant. Il était question ensuite de monter de Shibam jusqu'à Kawkaban par un chemin en escalier, l'idée de prendre le bus avec les bagages se fait de plus en plus séduisante.

Arrivée à Hababa (photos). Une fillette qui s'encadre exactement dans une fenêtre demande une photo : soura soura (photo). L'architecture est magnifique : immeubles ocres aux fenêtre en ogives dénommées gamaria, de gamar (la lune), qui, selon Noman, sont d'origine juive. Les rues sont jonchées de déchets culminant aux abords du célèbre réservoir, dont je fuis l'odeur (photos). Deuxième idée géniale du jour : un chantier de jeunesse pourrait être organisé afin de nettoyer systématiquement au moins une ville, par exemple Hababa, et ce nettoyage pourrait ensuite constituer un argument touristique, suscitant une concurrence avec d'autres villes, notamment Thula, qui ne pourraient faire autrement que de suivre le même exemple. En attendant, un vieillard tente avec une longue perche d'ôter les plus gros déchets de plastique du réservoir.

Retour au bus. Je ne suis pas la seule à m'être laissée séduire par l'idée de monter par la route jusqu'à Kawkaban (photo). Les fèves ont commencé leur travail de sape et les orgues basaltiques ne parviennent pas longtemps à me garder les yeux ouverts. Le chauffeur, Youssef, réussit contre toute attente à faire passer le bus par la porte de Kawkaban et acheminer bipèdes et sacs jusqu'à l'Hôtel de Kawkaban par un dédale de ruelles. Répartition des chambres, vague décrassage, se reposer quelques minutes. Mon homonyme me réveille deux heures plus tard : manger. Pas faim. Je descends quand même. L'attaque des fèves est à son apogée. Il fait froid. Retour dans le duvet, dont pour la première fois la présence se justifie pleinement. Dormir.

* Note postérieure : la solution est au Bénin.

Samedi 3 mars

Venue tambouriner à la porte à deux reprises, Antoinette finit par me réveiller vers 8h00. Sacs bouclés, visite de Kawkaban (photos). Totalement absents de Socotra, les chiens sont ici assez nombreux et parfois agressifs. Il y a quelques années à Sana'a, ils en étaient devenus dangereux au point de faire l'objet d'une campagne d'extermination. J'achète une boîte censément en argent, dont le vendeur me montre le poinçon, 3900 ryals, du vol, selon Noman, qui refuse d'intervenir dans ce type d'opération afin de ne pas s'attirer les foudres des commerçants : son travail l'oblige à revenir régulièrement. Distribution des quelques qalam qui me restent, un coup d'œil au village de Bayt al Ramis situé un peu plus bas (photo). Départ en bus pour le rocher en surplomb de Boukur, celui que l'on voit sur toutes les cartes postales (photos). On y arrive à pied en luttant contre le vent. Inévitable séance photos au bord des falaises à pic. En contrebas, les champs en terrasses sont verts du fait de la présence de sources (photos). Retour au bus après une heure de mise en jambes et arrivée au point de départ de la balade du jour.

Cinq-six heures de marche d'abord le long d'un sentier en terrasse, parfois très aérien à l'échelle de mon vertige, longeant des falaises érodées en lamelles, qui descendent jusqu'à des champs en terrasses. Pied droit, pied gauche, pied droit, pied gauche... Faut vraiment passer par là ? Ne pas regarder en bas. Main droite, main gauche, pied droit, pied gauche. Malgré la faiblesse du dénivelé (500m négatifs en 5-6 heures), le souffle est court car nous sommes à plus de 3000m. Le chemin contourne un cirque occupés par des champs délimités par des murets sur lesquels d'autres en terrasses donnent comme des gradins. Une huppe fasciée, jaune aux ailes rayées de noir et blanc (Huppe Fasciée). Franchissement de la crète. Descente vers le village de Badouga. Pied droit, pied gauche, caillou, pied droit, pied gauche, joli caillou, encore un joli caillou. Ne pas ramasser tous les jolis cailloux. C'est lourd après dans le sac... Arrivée au village où des femmes étalent de l'orge en épis sur le sol. Un homme interdit de les photographier mais les enfants sont amateurs et se regardent sur l'écran des appareils numériques (photos).

Sortie du village (photo). Dans la descente, nous croisons plusieurs femmes qui montent vers Badouga, portant de lourdes (très lourdes selon Françoise qui essayé d'en porter une) bottes d'orge sur la tête, tandis que les deux hommes qui les accompagnent se sont chargés de l'essentiel : une kalachnikov ou un sac de qât (photos). Celui de la région est particulièrement réputé et la consommation d'un après-midi coûte 5000 ryals, soit le montant du salaire quotidien d'un chamelier sur Socotra. Sur un plan médical et surtout économique, le qât est un fléau : selon le Yemen Observer, les hommes y consacrent en moyenne 5h30 par jour et l'espace réservé à sa culture a été multiplié par 20 en 30 ans, au détriment notamment des cultures vivrières (photos). Le gouvernement yéménite s'efforce d'en réduire la consommation par le biais de taxes et l'entrée du Yémen dans une future union arabe est conditionnée par une interdiction totale du qât, dont l'usage est condamné dans les pays limitrophes.

Pied droit, pied gauche, caillou, pied droit, pied gauche, des pas précipités derrière moi, "je toooombe !"... : Lucette a bien fait de prévenir avant de se rattraper sur mon dos, au moins avais-je les deux pieds au sol. Traversée d'un autre village, bordé d'une décharge. Les enfants, surtout des garçons, accourent à notre arrivée en criant : qalam !, soura !, voire bakchich ! Les plus jeunes, environ 4 ans, imitent leurs aînés en s'efforçant de crier plus fort que les autres. L'attroupement est parfois agressif et la même scène se reproduit dans chaque village. Quelqu'un, un jour, peut-être, leur expliquera ce que leur précipitation quémandeuse peut avoir de dégradant... et de contre-productif. La qalam. La soura. Rhalass. Le chemin qui serpente de village en village le long des murets ou sur les murets séparant les plantations de qât est interminable (photos). On arrive dans une demi-heure. Ça fait 1h30, qu'on arrive dans une demi-heure. La route est juste derrière la montagne, là-bas. On arrive dans un quart d'heure. Ça fait trois quarts d'heure qu'on arrive dans un quart d'heure. La route est juste de l'autre côté du village (photo), tout en bas de la colline. Traversée dudit village, où résonnent des youyou et des bruits de pétards.

Retour au bus. Pique-nique jugé préférable à un nouveau déjeuner à Shibam : khobz, boîtes de thon, tomates, concombres, oranges, pastèques... Youssef, chargé des achats, a prévu beaucoup trop et nous laissons ce qui reste à deux femmes assises à proximité. Départ vers Sana'a. Sur le bord de la route, des campements plus ou moins pérennes de réfugiés somaliens, parfois embauchés comme journaliers dans les plantations de qât. Arrêt sur une esplanade très courue notamment par les couples et censée offrir un point de vue sur le palais de l'Imam Yaya. On le devine à peine car le vent de sable a commencé à se lever. Un adolescent, entièrement vêtu de blanc et amputé d'une jambe, manœuvre son fauteuil roulant avec l'aide de son petit frère pour se placer au beau milieu de la voie d'accès non asphaltée. D'après Noman, il ne gagne pas trop mal sa vie au grand dam des deux marchands de babioles installés sur l'esplanade. Visite du palais de l'Imam (photos). A défaut de la terrasse directement ouverte dans la roche, je m'installerais volontiers dans un des mafraj qui se trouvent au sommet, pour travailler, lire ou rêvasser. Des femmes voilées visitent le palais et après s'être assurées que Béatrice, Aurélie et moi n'étions accompagnées d'aucun homme, ôtent provisoirement leur voile, le temps d'une photo.

Retour à l'Arabia Felix. Deux chambres, un mafraj et un libre accès à tous les sanitaires permettent à chacun de se doucher et de se changer avant de reprendre l'avion. Un passage par le souk pour liquider les ryals que nous n'avons guère eu l'occasion de dépenser à Socotra. Dîner dans le même restaurant libanais que le premier jour : toujours bon mais toujours trop copieux. Les tribulations d'un yéménite à Paris ou comment susciter des malentendus en exportant inconsidérément l'usage de saluer tout un chacun : la première expérience parisienne de Noman, qui auparavant n'avait même jamais été à Sana'a, n'a pas été facile. Khalid, directeur de l'agence Socotra Tours, dont nous apprécierons ensuite la très précieuse assistance, nous a rejoint et offre à chacun un sachet souvenir du Yémen : un CD de musique yéménite, des cartes postales de Sana'a, de l'encens, de la myrrhe et du safran. C'est gentil.

Retour à l'hôtel pour récupérer les sacs. Au revoir à Béatrice et Aurélie qui prennent un autre vol. Au revoir aussi à deux hommes qui nous regardent du haut du Wadi et tentent de prononcer "au revoir" en français. Arrivée à l'aéroport à 23h30, un peu tôt pour un décollage prévu à 2h30 mais, à Sana'a, ce n'est pas forcément inutile. Le passage des bagages déjà prend du temps : le matériel photo de Jacky, le couteau socotri de Pascale n° 2 et diverses autres choses sont soigneusement examinés avant que les services de sécurité autorisent la fermeture des sacs et apposent l'indispensable autocollant. On apprend alors qu'en raison de mauvaises conditions de visibilité, liées au vent de sable et aggravées par une éclipse de lune, l'avion risque d'être retardé d'une demi-heure, voire annulé. Des informations plus précises seront données à 1h00, lorsque l'avion aura pu atterrir... ou non.

Dimanche 4 mars

Attente dans l'aéroport. 0h00, 0h30. Certains s'endorment, d'autres se succèdent près des bagages afin d'éviter des enregistrements intempestifs, par exemple sur le vol de la Jordanian Airlines à destination d'Aman, ou tentent de s'informer auprès du responsable de la Turkish Airlines en cravate rose. 1h00 : un règlement imposé par les assurances interdisant aux pilotes de se poser lorsque la visibilité est inférieure à 800m, notre avion, comme celui d'Egypt Air, a été dérouté sur Al Mukalla. L'homme à la cravate rose s'engage à nous trouver un funduk pour la nuit, fait circuler une feuille où chacun est invité à indiquer son nom et son numéro de téléphone. My phone number in France ?! I have no phone number here ! Khalid qui patientait hors de la zone d'enregistrement intervient et facilite les discussions : il servira de contact. Solange et Jean-Yves ne se résignent pas à ce retard. L'avion de la Jordanian Airlines va décoller à moitié vide. Pourquoi ne pas le prendre ? Refus catégorique de cravate rose d'opérer le transfert, parce que nous sommes un groupe, bénéficiant d'un tarif privilégié, qu'il n'y a pas d'accord entre les compagnies, qu'il ne peut joindre le responsable à Istanbul... Le personnel de l'aéroport insiste pour que tous les bagages, de soute ou de cabine, passent de nouveau au contrôle des rayons X et tous les passagers présents sont ensuite acheminés en bus jusqu'à l'International Hôtel of Sana'a.

Situé hors de la vieille ville, l'hôtel a toutes les apparences d'un établissement assez luxueux. Le détail est plus contestable : une seule lampe fonctionne, il n'y a ni eau chaude, ni papier toilette, le sol apparaît entre les joints de la moquette et la chambre donne en l'occurrence sur une 2x3 voies, où des camions passent toute la nuit. Dans le hall, la concurrence est farouche. Khalid récupère les douze billets, les répartit aléatoirement en six paquets de deux et exige la remise de six clefs. Il s'arrangera ensuite pour nous trouver des bouteilles d'eau et s'engage à appeler la Turkish Airlines dès son ouverture, à 9h00, pour organiser notre deuxième départ. Ne reste plus qu'à dormir.

Petit-déjeuner à 8h00 : le buffet s'apparente à celui de l'Arabia Felix et les bruits les plus fantaisistes circulent. Le prochain avion est à 18h00, 20h00, 23h00... De l'aéroport, Khalid et Béatrice nous annoncent un décollage à 13h30. Descente à la réception pour obtenir une connexion internet. Dans le hall, une affichette figure la double interdiction de fumer et de qâter. Remontée au deuxième étage où se trouvent les deux PC fonctionnels de l'hôtel. XP en arabe : par défaut, les icônes sont à droite du bureau, les boutons OK/Non sont inversés et bien sûr en arabe, je renonce à m'en sortir seule lorsque Mac Afee m'impose un ctrl-alt-suppr : impossible d'identifier l'onglet du gestionnaire des tâches. Recherche d'un mail réel au milieu de l'avalanche de pourriels accumulés depuis douze jours, récupération d'une adresse, rédaction laborieuse sur un clavier Qwerty/arabe (où est le M ?) d'un message signalant que je suis encore à Sana'a et que, sauf contre-ordre, quelqu'un devra téléphoner lundi pour prévenir de ma défection professionnelle, doublon préventif du message sur un forum, qui se révélera utile car plus d'une semaine après le courriel n'est toujours pas arrivé. Je laisse la machine à d'autres, qui tentent de modifier leurs billets de trains ou cherchent les horaires d'avion.

Retour à l'aéroport en compagnie de Béatrice et de Khalid. Les bagages qui devaient être ouverts la veille ne le doivent plus. Toujours présent, cravate rose nous prévient que les bagages seront bien enregistrés jusqu'à Paris mais que les bipèdes n'auront de carte d'embarquement que jusqu'à Istanbul, à charge pour eux de s'y enregistrer pour la deuxième partie du trajet. On craint le pire. L'enregistrement est laborieux : le prénom de l'un est associé au patronyme de l'autre, l'initiale de mon nom n'est pas identifiée... Il faut une heure pour obtenir les douze cartes d'embarquement et nous découvrirons à Istanbul que toutes les erreurs n'ont pas été rectifiées. Deuxième au revoir à Béatrice. Remerciements spéciaux à Khalid dont l'aide s'est avérée précieuse. Passage dans la zone internationale. Déception dans la boutique de produits hors-taxes : des boîtes métalliques ressemblent fort à celles dans lesquelles sont commercialisés les rayons de miel d'Hadramout, ce ne sont que des boîtes vides. Dommage. On se contentera du miel de Sococtra.

Décollage à 14h30, peut-être lié à l'arrivée tardive du ministre de l'intérieur turc, qui a l'insigne mérite d'effectuer ses déplacements sur des vols réguliers. Insipide déjeuner tardif. Grosses turbulences à l'approche d'Istanbul compensées par un ultime superbe coucher de soleil sur le Bosphore. Comme à l'aller, le pilote se pose sur une distance minimale. Ruée vers la zone de transit pour obtenir des places dans le dernier vol Istanbul-Paris affiché pour 19h20. Occupation à douze du comptoir de la Turkish Airlines, obtention des cartes : embarquement dans une heure.

Passage par la zone fumeur repérée à l'aller. Projet subit de demander un justificatif d'absence à la Turkish Airlines. Redescente manifestement imprévue par les règlements au bureau de la Turkish. Explication du problème. M'ayant informé que le justificatif serait au mieux en anglais (mea culpa : j'aurais dû indiquer que le turc convenait aussi bien), mon interlocutrice entreprend de rédiger à la main sur un papier dépourvu d'en-tête le texte suivant :

To whom it may concern,
Because of the late coming of the flight TK1237/04MAR from Sanaa the passenger
[recopiage consciencieux de mon passeport] couldn't catch the flight TK1825/04MAR. So we made her fly by TK1829/04MAR.
                                                      Turkish Airlines

                                                      [Signature illisible]

Assorti d'un tampon fort peu explicite, l'ensemble est rigoureusement exact. Quant à sa valeur informative...

Embarquement : treize personnes figurent sur la liste transmise depuis Sana'a, nous ne sommes que douze et avons un peu de mal à expliquer que Lucette Merle, issue des associations aléatoires de prénoms et patronymes effectuées à Sana'a, n'existe pas, ni n'a jamais existé en dehors des combinaisons informatiques de l'employée de Sana'a. Décollage tardif, en raison de difficultés liées aux passagers en provenance de Sana'a, précise le commandant de bord... L'avion est plein. Toujours pas de nourrissons mais deux enfants qui se disputent, pleurent ou crient. Intervention de Françoise. Protestation de la mère : vous n'avez jamais eu d'enfants ? ou vous ne les supportez plus ? Les susdits se sont calmés au soulagement général.

Atterrissage. Récupération des bagages. Attraper un Orlybus. Sauter dans un métro. Redescendre de la rame deux stations plus loin. Reprendre la ligne dans le bon sens. Maison. Dormir. Il est minuit heure locale, 2h00 heure personnelle. Craignant de passer par la fenêtre, mon réveil ne sonnera pas aujourd'hui/demain à 6h00. Dormir.



Tous mes remerciements à Sergine pour ses photos

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Photos de Béatrice

Ressources

Maison de la Géographie : Socotra (pdf)



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