Yémen 2006

Une semaine au Yémen avec Planet Roller : 6 février - 13 février 2006.


Toutes les photos illustrant le texte ont été prises durant le voyage et empruntées aux albums figurant en bas de page.


Lundi

Rendez-vous à 7h00 à Roissy T1, portes 14-16. Réveil réglé à 4h50 pour un départ à 5h40 permettant d'attraper un RER Denfert-Roissy RER 6h03-6h42. Je tombe du lit, arrive au T1 à 6h45, trouve le comptoir de la Yéménia entre les portes 12 et 14. Personne, ou du moins personne qui ressemble à un patineur en goguette. Après un certain flottement, il s'avère que Claire, étrangement peu sonore, et le reste du groupe se trouve de l'autre côté du comptoir. Quelques têtes connues (Patrick et Françoise, Floréal et Sidonie, Kalou, Claudia et 5-6 autres que je connaissais au moins de vue) mais peu (nous sommes une quarantaine en tout). Récupération des billets et passeports : chacun son enveloppe. Les visas y sont, Claire a fait une photocopie préventive de chaque passeport, jusque là, tout va bien. Enregistrement des bagages. Attente. Cette partie de l'aéroport est décidément sinistre et moche. Passage dans l'aire de départ. Quelques boutiques de vente hors taxes sont ouvertes, ainsi qu'un vague café. Presque aussi glauque que l'autre partie. Nous discutons le bout de gras autour de ce qui est peut-être notre dernier café-croissant. Il est temps d'y aller. Tapis roulant en panne. Longue déambulation pour gagner l'aire d'embarquement. Interdits en cabines, les rollers sont dans le sac : dommage. Passage du dernier portique de sécurité. Attente. Embarquement. L'avion de la Yéménia est surbooké, chacun s'installe comme il peut : tout devrait se régler à l'escale de Marseille.

Des écrans affichent en arabe puis en anglais les indications usuelles (vitesse : 0, altitude : 70m, etc.) ainsi que la direction et la distance de la Mecque par rapport à l'avion. Une prière dont le ton rappelle celui d'une malédiction dans un film d'horreur des années 60, résonne dans l'avion. Reste à espérer qu'il ne s'agit pas d'une malédiction. Décollage. Atterrissage à Marseille. Une heure d'attente prévue. Les passagers à destination de Sana'a sont invités à rester dans l'avion. Un problème, peut-être technique, nous oblige à retarder le décollage. Nouvelle prière. On repart. Survol de la Corse, de l'interminable Méditerranée, de l'Egypte, la vallée du Nil, la mer Rouge, invisible car la nuit tombe. Les inévitables nourrissons braillent à tour de rôle. Un film est diffusé, The Cave, mais s'interrompt apparemment avant la fin. Arrivée à Sana'a vers 19h30, heure locale (GMT+3). Des femmes, dont le visage était resté visible durant le vol, rajustent leur tchador de manière à ce que l'on ne voit que leurs yeux, aucune ne pousse le scrupule jusqu'à rabattre un deuxième voile (Makhmukh) afin de les dissimuler également mais cette possibilité reste ouverte. Débarquement. Il doit faire 18°C (Sana'a est à 2500m d'altitude). Remplissage de fiches certes traduites en anglais mais dont la pertinence des champs échappe parfois (nom de famille, patronyme, grand-patronyme). En échange de mes 5 billets de 20 euros, je reçois une liasse de 23 billets de 1000 rials : je me sens tout de suite beaucoup plus riche. Passage du service d'immigration. C'est assez long, je me venge par anticipation : au retour, ce sera beaucoup plus long pour les éventuels yéménites arrivant à Paris. Récupération des bagages entassés dans un coin. Sortie de l'aéroport sous le regard vigilant de deux militaires armés de kalachnikov.

Traversée de Sana'a dans deux bus, plus un troisième pour les bagages. J'ai chopé la crève. Entre deux éternuements, je découvre mon premier pays sous-développé (194/203 pour le PIB/hab. en 2002-3) : route impeccable, bâtiments neufs et prestigieux (ministères...), succession d'échopes minuscules où s'entassent des trucs improbables, militaires armés un peu partout, véhicules hors d'âge, piétons traversant au petit bonheur, odeur prégnante de gazoil. Les véhicules ne circulent qu'en s'imposant à grand renfort d'avertisseurs, il n'y a pas de panneau de signalisation (tout au plus, à Sana'a, quelques feux tricolores et des panneaux indicateurs), pas non plus de permis de conduire, ni apparemment d'autre limite d'âge que d'avoir les jambes assez longues pour atteindre les pédales. Nous empruntons Al-Wadi, sorte d'Oued pour automobiles qui traverse les quartiers les plus anciens (Photo), afin de gagner l'hôtel Arabia Felix où nous passerons les deux premières nuits. Les immeubles sont magnifiques, construits dans une espèce de brique ocre, percés de fenêtres souvent en ogive, parfois rondes, et réhaussées de parements blancs (Photos). Notre hôtel est l'un d'eux. L'ensemble du groupe débarque, récupère ses bagages et gagne les chambres judicieusement préattribuées. Les pièces sont blanchies (Photo), le sol de pierre recouvert de tapis, les angles des murs arrondis, tout est propre mais sommaire : une pomme de douche et un trou dans le sol permettent aux toilettes de servir de douche, sans que la proximité immédiate de l'ampoule électrique n'ait semblé gêner qui que ce soit.

22h, premier repas : des mezze dans un plat pour 4 où chacun se sert avec des couverts ou directement avec du pain - des galettes très fines que chacun déchire à sa convenance (Photo) et qui constitueront l'essentiel de mon alimentation de la semaine -, un plat de viande (mouton, volaille) accompagné de riz, des bananes, le tout arrosé d'eau ou de boisson gazeuse (en supplément) : Pepsi, Seven Up ou "non alcoholic beer". Le Yémen est un pays musulman et l'alcool interdit, même si certaines légendes prétendent qu'il est possible d'en trouver, voire d'en boire, dans des hôtels internationaux. Pour nous, y compris pour les quatre belges du groupe, ce sera régime aqueux ou gazeux pendant toute la semaine, quelle que soit la qualité, parfois exceptionnelle (cf. jeudi), des repas ou de nos hôtes : on s'y fait mais parfois on se dit qu'un verre de vin... Le repas est expédié. Au Yémen, ce n'est pas un moment de convivialité mais plutôt une nécessité à laquelle il convient de ne pas consacrer plus que le temps strictement nécessaire à l'ingurgitation de l'ensemble : les plats sont donc servis très vite et, sauf très rares exceptions, rien, ni thé, ni café, n'invite à prolonger le temps passé à table.

Vers 23h, une première déambulation confirme la première impression sur la ville et m'apporte enfin cette information, que je conjecturais sans réellement parvenir à l'imaginer depuis plusieurs mois : sur le tropique, la Lune est à l'horizontale et fait en l'occurrence la tronche lorsqu'elle croît. Partis à cinq, nous n'osons guère nous aventurer dans le dédale des rues, parfois à peine plus larges que nos épaules, qui constitue la vieille ville proprement dite mais le peu que j'en vois entre deux éternuments est magnifique et nous réussissons à ne même pas nous perdre. Rincés par une courte nuit et un voyage interminable, dûment prévenus du réveil matinal du lendemain (6h30), nous gagnons nos chambres. Atchii. Dodo.

Fin du premier jour.

Mardi

Départ prévu à 7h30, réveil en conséquence. Le petit dejeuner est somptueux : buffet de pains, fromage blanc, miel etc. à volonté (Photo). Nous sommes en tee-shirt mais, à cette heure et à cette altitude (Sana'a : 2500 m), il fait encore un peu frais (17°C), du moins dans la cour de l'hôtel que les murs protègent du soleil levant. Devant l'hôtel, nous sommes attendus par une douzaine de 4x4, assez pour contenir tous les membres du groupe et accompagnateurs, à raison de 4 par véhicule plus le chauffeur : bienvenue dans la caravane du Paris-Dakar (Photos). Concernant les accompagnateurs, notre ressource universelle se prénomme Ali (Photos), parle parfaitement français et, à 19 ans, a réussi sans craquer à répondre à toutes les situations, y compris les mouvements d'humeur de certains mauvais coucheurs, chroniques ou occasionnels, et aux demandes saugrenues de patineurs voulant patiner, au milieu d'un emploi du temps minuté qui ne le prévoyait pas (cf. plus bas), ou partant jusqu'à des heures indues, parce que Yémen ou pas, le jour de la pleine Lune, c'est la Rando. de la Lune (cf. samedi).

Nous partons pour une journée de visites, dont le détail nous a été distribué mais sans vraiment nous éclairer, et emportons nos rollers à tout hasard. Mon rhume se porte bien : je me mouche toutes les 10' environ et continuerai ainsi toute la journée. L'Al-Wadi relativement désert hier soir est maintenant encombré d'une file de véhicules étranges, sorte de tout petits J5 pouvant contenir une demi douzaine de personnes dans des conditions normales, servant de taxis collectifs et qui coexistent tant bien que mal avec le reste du trafic (Photo). La pagaille est générale et notre passage se règle à coups d'avertisseur. Sortie de Sana'a. Lorsqu'il y en a, les routes sont en excellent état mais à l'occasion ponctuées de ralentisseurs parfois féroces ou d'inexplicables interruptions du revêtement sur quelques mètres nécessitant un freinage brutal : l'usage veut que l'on allume ses feux de détresse pour signaler ces aléas au suivant. Nous passons plusieurs barrages militaires, en réalité des contrôles douaniers ("rien à déclarer ?") destinés à lutter contre les trafics vers l'Arabie Saoudite. Ce sont apparemment de simples formalités mais qu'il vaut mieux respecter : une voiture qui tente de doubler notre file de 4x4 et de franchir le barrage par la gauche, est arrêtée assez brutalement et, pour ce que nous avons vu, le conducteur énervé s'est fait embarquer, ce qui est peut-être un moindre mal lorsque l'on menace de s'en prendre physiquement à un militaire dûment armé.

Nous traversons de grands plateaux entourés de montagnes anciennes.Tout est très sec, peu ou pas d'arbres et de loin en loin seulement une tache verte indique une parcelle arrosée. Ce n'est pas pour autant le désert : partout on voit des parcelles labourées parfois à la main, parfois avec l'aide d'un âne attelé à une araire des plus primitives. La mécanisation n'est pas à l'ordre du jour. Les champs attendent la mousson (juin-août) et la seule récolte qui se poursuive d'un bout de l'année à l'autre est celle du Qât. Nous croisons également de nombreux troupeaux de petites chèvres, qui ne dépassent guère la hauteur d'un genou, ou de moutons, conduits par des enfants.

Première étape : Dar al Hajar où nous visitons le palais de l'Imam perché au sommet d'un rocher. Le volume est celui d'un énorme cube rougeâtre, peut-être un peu évasé en bas, percé de ces mêmes petites fenêtres en ogive que les bâtiments de Sana'a (Photos). L'intérieur est un inextricable labyrinthe d'escaliers aux marches inégales, de petites pièces blanches (Photos) - appartements des serviteurs, des femmes, de l'Imam, cuisine, salle de réception... -, de terrasses ou de coursives extérieures au bord desquelles s'ouvre parfois un puits profond d'une quarantaine de mètres et il est question de passages secrets, compliquant encore un peu le plan de l'ensemble. A un endroit au moins, le palais se prolonge directement dans la roche : une grotte peu profonde, bien ombragée, avec vue sur la montagne fait office de terrasse (Photo). Je m'y installerais volontiers pour quelques heures avec un livre, que je ne lirais sans doute pas, et une réserve de boissons fraîches. Notre emploi du temps ne le permet pas. C'est reparti, direction Thula.

Deuxième étape : Thula (Photos). La douzaine de 4x4 traverse tant bien que mal les faubourgs encombrés de piétons, d'étals, d'enfants, de chèvres etc. et franchit les portes de la ville. Ali nous guide vers ce qui fut un réservoir d'eau mais ne contient guère qu'une mare croupie servant uniquement aux bêtes et au lavage des maisons. Des gamins nous accompagnent. Ce sont majoritairement des garçons, pieds nus ou en sandales, demandant qu'on les prennent en photo - soura ! soura ! -, ou tentant de nous entraîner vers des échoppes vendant bijoux et tissus. Les fillettes sont plus rares, souvent couvertes d'un pantalon surmonté d'une robe et d'un hidjab. Celles qui nous abordent nous proposent directement des marchandises qu'elles nous présentent à la main ou sur un plateau, les autres se contentent de passer en transportant sur la tête des récipents d'eau ou diverses autres choses. Nous avons fait le tour de la ville, certains, dont je suis, ont acheté des foulards ou des bijoux, il faut regagner les 4x4, direction Hababa.

Troisième étape : Hababa. Nous avons dix minutes pour photographier la citerne (Photos), architecturalement remarquable mais dont l'eau est bien moins limpide que sur les cartes postales. Une photo d'un premier point de vue. Une autre photo d'un second point de vue. C'est reparti, direction Shibam (pas celui de la province d'Hadramout que nous verrons vendredi).

Quatrième étape : déjeuner à Shibam dans une pièce traditionnelle. On se déchausse à l'entrée et s'assied sur des espèces de matelas fins et étroits, qui longent toute la pièce (Photo). Mezze, pain, viandes accompagnées de riz et, fait exceptionnel, un gateau, sorte de galette de pain arrosé de miel : celui du Yémen a la réputation d'être le meilleur du monde, on en reparlera vendredi. A la fin du repas, on s'écroulerait volontiers pour une sieste : les deux dernières nuits ont été courtes pour tout le monde et je continue de me moucher toutes les dix minutes. Notre emploi du temps ne le prévoit pas. Il faut repartir.

Lorsque nous regagnons notre 4x4, le chauffeur a commencé à "brouter" le Qât. Ce sont les feuilles d'un arbuste, qui doivent se consommer très fraîches (48h maximum après la récolte), et dont l'usage est au Yémen une véritable institution (topo du Sénat). On arrache les feuilles des rameaux, les plus jeunes sont les meilleures, on les mache un peu, puis les garde dans la joue, où elles s'accumulent à l'instar des provisions d'un hamster (Photo). Le goût est désagréable, amer et astringent, et je me retrouve avec des tas de petits bouts de feuilles dans la bouche : je l'ai trop maché. Quand on le consomme correctement, les feuilles se délitent moins et le goût en est plus agréable. Quant aux effets supposés, je m'interroge toujours...

C'est reparti, direction Kawkaban (Photo) que notre chauffeur nous montre au sommet d'une falaise. La route est impressionante : large, en excellent état, mais d'une pente telle que l'on se demande par endroit si le 4x4 ne va pas verser en arrière. Nous franchissons la porte du village, où la route devient piste. Une fois dehors, nous admirons la vue, assaillis par des gamins qui tentent de nous convaincre d'acheter des bijoux, de l'ambre, de l'encens, d'anciennes monnaies etc. C'est l'occasion d'exercer les compétences linguistiques acquises à Thula : la choukrane, "non merci". La route d'accès surtout a inspiré plusieurs membres du groupe, qui envisagent déjà l'organisation d'une compétion de descente en soulignant les multiples avantages du site : pente très forte, bonne visibilité, faible circulation... L'idée se met à poindre : les patins doivent commencer à s'ennuyer dans les sacs.

Il est hors de question d'envoyer tout le groupe dans la descente : les hôpitaux yéménites sont peu sûrs et le quai d'Orsay recommande une évacuation rapide en cas d'accident (Conseils du Quai d'Orsay). Nous redescendons donc en 4x4 et ne chaussons qu'une fois revenus sur un terrain raisonnablement plat. Ali est un peu inquiet, Faris, directeur du Yemen Observer, notre principal protecteur au Yémen, a été prévenu. Il est entendu qu'il y aura deux groupes, un rapide et un plus lent, chacun encadré par deux 4x4, que nous devons rester sur la droite... Pour finir, nous roulerons comme nous le pouvons, l'entendons ou le devons pour échapper aux gaz d'échappement de 4x4 qui ignorent tout des pots catalytiques (Photos). Tant que le terrain est plat ou en faux plat descendant, tout va bien, mais la première montée révèle que nous sommes tout de même à 2500m, que les nuits précédentes ont été très courtes et que décidément mon rhume est en pleine forme. C'est dur ! Pas grave, ça vaut quand même la peine de rouler dans ce paysage lunaire, devant des yémenites médusés et de franchir un barrage devant des militaires, qui pour avoir été prévenus ne laissent pas de nous regarder comme des extra-terrestres. Je jette l'éponge dans une longue descente et, les uns après les autres, tous regagnent les 4x4 : retour à Sana'a.

Les patins sont posés à l'hôtel, une douche et c'est reparti, à pied cette fois, pour une première visite du souk, j'y reviendrai dimanche, car là je le vois dans un certain état d'hébétude, n'en retiens guère qu'une impression de grouillement diffus, l'image d'un superbe bâtiment servant naguère d'hébergement aux montagnards venus vendre leurs produits (Photo) et n'aspire qu'à dormir. Mais il faut d'abord aller manger : mezze, pain, un gros poisson que je n'identifie pas pour quatre (Photo). Retour à l'hôtel. Dormir enfin. Je lis trois pages et m'effondre, tandis que mes coloc' en sont encore à s'agiter dans la chambre.

Fin du deuxième jour.

Mercredi

8h00, ma coloc' me réveille, j'ai dormi d'un sommeil de plomb et même pas entendu l'appel à la prière à 5h. Mon rhume commence à faiblir : je ne me mouche plus qu'une fois par heure et les effets bénéfiques d'une nuit de sommeil raisonnablement complète se font sentir. Petit dej' et embarquement des affaires : nous prenons un avion pour Al Mukalla à 10h00. Prière, décollage, atterrissage, nous sommes au sud du Yémen, au bord de l'Océan Indien, l'air est chaud et humide. A l'arrivée, quelques femmes qui ne portaient que le tchador, rabaissent un voile supplémentaire qui leur couvre complètement les yeux, le Makhmukh, la plupart d'entre elles portent également des gants et celles qui n'en ont pas dissimulent leurs mains dans leurs manches. Depuis le début, hors Khadija (Photos), notre accompagnatrice-organisatrice, responsable de la communication à l'ambassade du Yémen à Paris*, qui ne porte qu'un foulard couvrant partiellement les cheveux, toutes les femmes que nous avons vues sont en sharshaf et tchador. (Photos), sous lequel on aperçoit souvent le bas d'un jeans, mais la province d'Hadramout se signale par des exigences plus strictes. Comme occidentales, nous ne sommes néanmoins pas concernées : nous avons veillé à ne porter rien de plus court qu'un corsaire et un tee-shirt descendant presque jusqu'aux coudes, cela suffit manifestement et aucune d'entre nous n'a ressenti l'impression d'une quelconque réprobation. Quant à savoir, s'il faut se scandaliser ou non des obligations vestimentaires auxquelles sont soumises les femmes yéménites, l'avis de Khadija est qu'il ne s'agit que d'un épiphénomène ou d'un symbole, qui n'est certes pas anodin mais importe moins que d'assurer aux femmes une éducation qui leur permette d'acquérir une indépendance économique et de choisir leur mode de vie. Ce point est loin d'être acquis (70% d'analphabétisme féminin, contre 30% masculin), même si le nombre de filles aperçues à Sana'a en uniforme sur le chemin de l'école est plutôt encourageant.

Devant l'aéroport, deux bus, climatisés, nous attendent ainsi qu'un troisième pour les bagages. Nous empruntons une autoroute toute neuve - lors de la réunification en 1995, le sud ne disposait d'aucune route -, ponctuée des mêmes inexplicables interruptions que les routes du nord, qui longe la côte et dont le terre-plein central s'agrémente d'une pelouse très bien entretenue et parfaitement saugrenue en ces lieux par ailleurs désertiques. La suite montrera qu'elle est régulièrement arrosée, en plein jour, malgré les fréquentes affichettes appelant à économiser l'eau. Deux véhicules de police nous escortent. Ce qui était un voyage d'agréement sur-organisé prend nettement un tour officiel. Bien que celui-ci se soit quelque peu désengagé à la suite de l'affaire des caricatures de Mahomet, nous restons les invités du gouverneur de la province d'Hadramout, en tant que participants au premier marathon du Yémen, qui aura lieu demain. Durant tout notre séjour, nous serons donc accompagnés par la police ou l'armée avec toute l'ambiguïté inhérente à ce type de situation : honneur, surveillance, prévention de tout contact avec les populations.

Nous arrivons à l'hôtel, un Holiday Inn, au luxe ostentatoire, gardé comme il se doit et dont la climatisation trop forte est sans doute destinée à manifester le haut niveau d'exigence : après chaque passage des "hommes de chambre" nous la trouverons réglée sur 5° avec l'accélération maximale. Installation, déjeuner : un buffet de mezze, un autre de plats chauds, un troisième de desserts. Cuisine internationale orientalisée mais les seules boissons proposées restent "non alcoholic". Outre la piscine, l'hôtel a sa propre plage et un bout de mer cerné par deux jetées, qui protègent la plage des vagues et permettent à la gente féminine de se mettre en maillot de bain (Photos). Une bande de sable s'enfonce dans la mer mais vient s'interrompre rapidement sur une barre rocheuse sur laquelle la plupart d'entre nous s'arracherons les pieds ou les mains à un moment ou à un autre. Qu'à cela ne tienne, quoique dépourvue de toute vocation aquatique, je passerai une heure ou deux à patauger joyeusement dans un mètre d'eau chaude et transparente. Il paraît qu'à Paris, il fait 4° C. Il paraît...

En fin d'après-midi, l'appel des rollers commence à se faire entendre et nous entamons une séance technique sur le parking de l'hôtel. Suivant les conseils de Fabrice, naguère moniteur de roller acro. et urbain à RSI et qui monte sa propre structure à Annecy, je commence à remédier à mon incapacité perpétuelle à descendre sans avoir les patins qui flageolent. La rampe d'accès à l'hôtel est idéale pour ce type d'entraînement : partir schuss du 4ème projecteur, 4ème projecteur et demi, 5ème projecteur, 5ème projecteur et demi, 6ème projecteur... flêchie, le poids du corps au centre des patins, les bras tendus vers l'avant, même pas peur ! Enfin si, mais, je recommence : monter, descendre, monter, descendre... A un moment, une fumée s'élève, assortie d'une espèce d'odeur de vieux pneus brûlés. Elle s'avance vers nous : un employé de l'hôtel a entrepris un traitement anti-moustiques. Après consultation de Marc, médecin du groupe, il sera entendu que, n'ayant suivi aucun traitement anti-palu., je mettrai une plaquette anti-moustiques dans la chambre.

Suit une visite à Al Mukalla. Nous nous y rendons en bus et admirons les palmiers en plastique ou autres trucs clignotants qui "agrémentent" le front de mer (Photos). Nous suivons la route sur laquelle se déroulera le marathon du lendemain et, au sommet de la rampe d'accès d'un pont, Khadija nous montre le rond point que nous devrons contourner pour revenir vers l'hôtel, la suite témoignera de notre attention toute relative. Descente du bus. Nous contournons le bras de mer central - et non l'embouchure d'un fleuve ! - à un pas de sénateur sous la surveillance vigilante de notre escorte policière en treillis et d'autres policiers stationnés ça et là : nous ne verrons décidément rien d'Al Mukalla. Tout au plus, dirais-je que l'ambiance est assez différente de celle de Sana'a : les maisons sont blanches, et non ocres, dépourvues de décoration et les hommes sont atablés aux terrasses de très nombreux cafés, totalement absents à Sana'a. On aurait aimé aller trainer dans les rues étroites qui partaient de ce centre ville très kitch (Photo), notre emploi du temps ne l'a pas permis.

Retour à l'hôtel, manger, discutailler autour d'un café turc - sketos, euh, non, ça c'est en grec, no sugar, please - récupérer les tee-shirts et casquettes du principal sponsor (Sabafon : télécom'), auquel nous devons très largement cet hôtel à 180 $ la nuit pour une chambre double (le voyage coûtait 750 euros). Ne reste qu'à aller dormir. Le départ du marathon est prévu à 6h30 ou peut-être 6h45, car les horaires commencent à devenir fluctuants, réveil mis par ma coloc à 5h30.

Fin du troisième jour.


* Khadija Al-Salami a publié le récit de sa vie, peu banale, sous le titre The Tears of Sheba, dont une traduction française - Pleure, ô reine de Saba ! - est parue le 10 mars 2006 (Actes-Sud)

Jeudi

Le réveil a sonné à 5h30, je n'ai rien entendu, ma coloc' l'a entendu, éteint puis s'est rendormie. J'ouvre un œil à 6h20 : panique !!! Nous avons dix minutes pour nous préparer et j'aurais peut-être renoncé, si je n'avais vécu ces réveils lors des 24h du Mans, où l'on se retrouve baillant avec un témoin à la main et mission de faire son tour de piste comme tout le monde. Je saute dans un corsaire, enfile les tee-shirt (Photo) et casquette officiels, pense à m'enduire de crème solaire et à prendre les lunettes, oublie le porte-bidon, attrape les rollers, les chaussettes, les protec' et descends : 4'. Il m'en reste 4 pour avaler un café et un truc qui ressemble à un croissant, plus 2 pour sortir et enfiler les rollos. Le parcours devait être une grande boucle, partant vers l'aéroport, repassant vers l'hôtel, direction Al Mukalla, demi-tour au niveau du rond-point indiqué la veille et retour à l'hôtel. La route n'étant pas finie dans la direction de l'aéroport, le marathon sera finalement constitué de deux boucles de 25 kms, à moins que ce ne soit 22,5 kms, il y a débat, et il est entendu que chacun pourra ne faire qu'une boucle s'il le souhaite. Les policiers sont là, en treillis, la kalach' à l'épaule - il faudrait suggérer une tenue similaire pour nos staffeurs parisiens : les automobilistes bloqués seraient certainement plus compréhensifs - les journalistes sont présents, un car-balai nous accompagnera et, de temps à autre, des personnes, impossibles à repérer à distance, nous tendront des bouteilles d'eau, toujours trop tard pour que nous puissions les attraper.

Le départ est donné et trois groupes se constituent d'emblée : les vitesseux, rompus à ce genre d'exercice, les roulants novices en la matière, dont je suis, les débutants, paresseux ou touristes qui ferment la marche. Un côté de l'autoroute nous est réservé, les véhicules étrangers au marathon se partageant l'autre côté comme ils peuvent : étant donné le peu de circulation et le caractère extrêmement flou de la notion de "sens unique" au Yémen, ce n'est pas réellement un problème et nul n'a songé à placer des cônes de signalisation ou des bipèdes charger de régler la circulation. Le relief est quasiment nul, ou du moins le paraît au départ, dans un faux-plat descendant avec le vent dans le dos. Le revêtement est toujours parfait, si ce n'est qu'il faut gérer ses interruptions bétonnées et les ralentisseurs constitués de trois rangées de catadioptres disposés en quinconce : quand on les passe en diagonale, tout va bien. A mesure que nous approchons d'Al Mukalla, nous croisons de plus en plus de gens, vaquant à leurs occupations et nous regardant le plus souvent avec un sourire étonné. L'entrée dans Al Mukalla devient plus sportive : le parcours n'est évidemment pas fléché, le vague geste d'un policier nous évite de nous fourvoyer à la première bifurcation, le revêtement devient plus aléatoire, notamment dans une zone de travaux, les piétons sont de plus en plus nombreux, la neutralisation de la circulation, réelle sur l'autoroute devient purement théorique et nous avançons au milieu des voitures et des camions, dans un joyeux foutoir de gens plutôt souriants. Nous arrivons au fameux rond-point. Je soutiens qu'il faut faire demi-tour à ce niveau mais, seule de mon avis, je me plie à la majorité. Nous traversons le pont mais prudemment revenons le long du bras de mer jusqu'à une passerelle pour piétons et, moyennant le franchissement de plans inclinés un peu abruptes, retrouvons rapidement le parcours initial. Le troisième groupe fera mieux. Les voyant dubitatifs au niveau du rond-point, un autochtone qui avait dû nous voir, leur a indiqué la direction du pont et ils ont ensuite continué tout droit, Claudia seule en tête et en quads, se demandant vaguement pourquoi elle ne parvenait ni à nous rattraper, ni même à nous voir sur une route à la visibilité parfaite. Informé je ne sais trop comment, Ali, paniqué, a lancé le car-balai à la poursuite des égarés, les a obligés à y monter avec interdiction de descendre tant qu'ils n'étaient pas revenus sur le parcours officiel. Ils ont tout de même fait entre 5 et 10 kms de plus.

De notre côté, nous poursuivons notre deuxième traversée d'Al Mukalla. Un camion militaire nous a rattrapé mais se trouve rapidement bloqué par un autre camion dans la zone de travaux redevenue active, alors que nous passons en nous faufilant comme nous pouvons au milieu de tout ce qui peut se trouver sur la chaussée. Sortie de la ville. La neutralisation de la circulation n'est plus qu'un souvenir. J'arrive à récupérer une bouteille d'eau dans un car occupé par des non-patineurs photographes. Le relief commence à se faire sentir. Le faux-plat descendant du départ est devenu montant, le vent est de trois-quarts face, le soleil commence à taper bien que 8h00 soit à peine passée. Incapable de m'intégrer au peloton conduit par Fabrice durant tout le parcours - j'ai tenu 5' à l'aller -, je me réfugie derrière un couple qui m'abrite un peu du vent (Photos). Nous croisons les vitesseux qui reviennent dans l'autre sens et nous rejoignent : l'état de la circulation dans Al Mukalla et les erreurs de parcours ont convaincu les autorités de renoncer à la deuxième boucle. La fin de la première est de toute façon interminable et j'apprécie l'arrivée, à l'ombre devant le portail de l'hôtel, où rien n'a été organisé, surtout pas la mise à disposition de bouteilles d'eau.

Environ 45' plus tard, le troisième groupe finit par arriver, nous posons pour la photo, les photos, les caméras, certains répondent aux questions des journalistes, nous apprendrons deux jours après que nous sommes passés à la télé., et chacun regagne l'hôtel. Une douche, la rédaction de trois cartes postales, car j'en ai envoyé trois, la plage : un chèche sur la tête je ne me lasse pas de regarder les bernard l'hermite, les minuscules poissons bleus et toute la faune restée dans les flaques à marée basse. Je me baigne un peu aussi quand même car le relief de la plage est devenu plus clair et nous trouvons les passages permettant de ne pas s'arracher les pieds. Un bruit court sur la journée du lendemain : l'endroit que nous devons visiter se trouve à plus de 300 kms, de routes pas forcément faciles et Patrick estime le temps de trajet à 6 heures, soit 12 heures de routes dans la journée; y aller ou pas ?

Déjeuner à l'hôtel, et non avec le gouverneur comme c'était prévu. Rendez-vous à 17h30, pour se rendre sur le lieu d'une initiation au roller des autochtones qui le souhaitent. Je tente d'acheter des timbres pour mes cartes mais la boutique est désespérément fermée et rien n'indique ses horaires d'ouverture. Rendez-vous à 16h30, pour l'initiation au roller. Retour à la plage l'après-midi. Départ pour l'initiation qui, contrairement à ce qu'on pouvait penser, et qu'ont pensé ceux qui ignorant le changement d'horaire ont tenté de nous rejoindre en rollers, ne se trouve pas à Al Mukalla même mais une dizaine de kilomètres plus loin, sur une place manifestement destinée à l'organisation de défilés militaires et traversée par l'autoroute. Nous apprécions au passage le trajet effectué le matin par le troisième groupe - ça grimpe ! - et mettons sur des rollers les rares enfants ou plus rares adultes présents, ainsi que les non-patineurs du groupe (Photos). Nous ne parlons pas arabe, les autochtones ne parlent pas nécessairement anglais, ni a fortiori français, mais, geste à l'appui, on se comprend et, pour jouer au monstre avec quelques enfants trop jeunes pour participer à l'initiation, la barrière de la langue ne posait aucun problème : "GRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR !". J'adore jouer au monstre.

Retour à l'hôtel, c'est finalement ce soir que nous mangerons avec le gouverneur, qui avait peut-être pris ses distances mais s'est alors ravisé après avoir constaté que nos exploits du matin n'avaient soulevé aucune réprobation particulière et avaient même été plutôt bien accueillis par la population. Il est entendu que nous sommes des sportifs et c'est donc habillés en sportifs que nous nous rendons au repas. Le menu est somptueux qui inclut notamment des queues de langoustines, que je monopolise avec Marc, et une espèce de ragout de crevettes délicieux mais inévitablement arrosé d'eau, de soda ou, au moins pire, de "non alcoholic beer". Comme toujours, le repas est expédié et suivent plusieurs discours vantant l'amitié entre des peuples à la civilisation millénaire, l'importance des rencontres effectives en ces temps troublés etc. Puis vient la remise des médailles (Photo) : le premier, le deuxième, le troisième, le quatrième, un autre particulièrement méritant, tous les patineurs dans le désordre, les non-patineurs, les accompagnateurs... il y a un plein sac de médailles, chacun aura la sienne et pour finir Khadija médaillera le gouverneur dans la joie et l'enthousiasme général (Photo).

Un concert de musique yéménite et des danses constituent la suite du programme. La sono. est immonde mais la musique réellement belle. Des robes traditionnelles sont distribuées à toutes les femmes : elles sont plutôt jolies mais ils nous ont vues comme des géantes, car peu d'entre nous peuvent les porter sans marcher dessus. Les hommes reçoivent des futahs, équivalent du sarong mélanésien, et apprennent à le mettre à la yéménite. Certains dansent, d'autres non, la musique est belle, il fait beau, pas trop chaud, on est repu. C'est bien les vacances.

Fin du quatrième jour.

Bonus : Article du Yemen Observer

Vendredi

Derechef debout aux aurores, sans extinction du réveil et réendormissement consécutif. Petit dej' et nous embarquons dans trois cars pour une longue journée dans la région de Do'an avec cette fois une escorte militaire (Photo). Dominique, qui est déjà venue, nous a convaincu que nous regretterions toute notre vie d'avoir manqué une telle excursion et assuré qu'il n'y avait pas plus de 4 heures de route entre l'hôtel et le dernier lieu à visiter, il s'avérera que les 4 sont 5 et nous aurons bien passé 11 heures dans le car. Nous longeons la côte pendant quelques kilomètres, un dernier arrêt pour faire le plein (Photo) et nous partons vers le nord. Très vite, la région devient aride, désertique et le plus souvent déserte, n'étaient quelques piétons que nous croiserons régulièrement, marchant au milieu de nulle part ou quelques masures totalement isolées. A la question "comment vivent-ils ?", Fouad, dir' com' à la Yéménia, me fait remarquer que ceux-là sont près de la route et peuvent donc être approvisionnés notamment en eau, à la différence de ceux qui vivent en plein milieu du désert et dont les conditions de vie sont réellement difficiles. C'est peut-être une réponse...

Nous montons sur le plateau, croisant un énorme camion surchargé de tuyaux métalliques, qui descend à la vitesse du pas. Lors d'un rapide arrêt au premier barrage militaire, nous voyons notre premier dromadaire et découvrons qu'il fait froid, puis nous repartons d'abord pour nous engager dans une impasse aboutissant à un chantier. Un peu étonnés, nous descendons. La vue sur Wadi Do'an est à couper le souffle : un canyon, similaire à ceux que l'on voit dans les westerns, tout au fond, un oued, à sec en cette saison mais bordé de palmiers, des champs labourés, un village perché sur une excroissance rocheuse qui semble n'avoir qu'un peu miraculeusement échappé à l'érosion. D'autres villages, presque fondus dans la falaise, se révèlent peu à peu, menacés par des rochers en équilibre. C'est de ces paysages auxquels aucune photo ne rend justice (Photos, quand même). On voudrait pouvoir rester, au moins une heure, pour les rêver mais il faut partir.

Retour à la route principale, descente dans le Wadi Do'an (Photo), nous sommes attendus dans un palais initialement blanc, aux murs curieusement bariolés, destiné à devenir un hôtel (Photos). Une troupe de danseurs percussionnistes nous accueille (Photos). L'architecture intérieure est assez sobre : les sept ou huit étages s'organisent autour d'une petite cour centrale et les (magnifiques) portes des futures chambres (Photo) s'ouvrent sur des coursives extérieures permettant d'accéder à l'escalier. Au sommet, des terrasses (Photo), dont nous devons descendre pour un deuxième "petit déjeuner", qu'une personne normale dénommerait festin mais il est 11h et nous commençons à avoir faim (Photos). Outre les mezze, la viande etc., des coupelles contiennent des morceaux de galettes de miel en rayon : la cire se mange avec le miel et, puisqu'on ne change pas une équipe qui gagne, Marc et moi récupérons les coupelles de ceux qui n'aiment pas le miel, n'en veulent pas ou n'ont pas réagi assez vite. Le miel yéménite mérite sa réputation (le miel du Yémen) mais je renonce à en acheter une boîte, d'un kilo, non scellée, à 8000 rials. Le ventre plein nous repartons dans le Wadi, direction Shibbam. Le trajet le long de l'oued est magique : les falaises découpés par l'érosion, des villages à flanc de montagne, les palmiers, les plantations de qât, les labours, des femmes portant par dessus leur voile de curieux chapeaux de paille pointus, typiques de la région, des dromadaires, des ânes...

Située dans l'Hadramout Wadi, Shibbam est parfois présentée comme la Manhattan du désert. D'environ 300 mètres de côté, la vieille ville est entourée de remparts et constituée d'immeubles ocres comptant 6, 7, 8 peut-être 10 étages et très resserrés. Lorsque nous arrivons, tout est fermé - c'est vendredi et, si vendredi n'est pas plus dimanche au Yémen qu'ailleurs, reste que c'est un jour chômé - mais nous sommes très vite repérés et les échoppes s'ouvrent les unes après les autres. Nous avons trois quarts d'heure pour découvrir la ville. Je m'engage dans des ruelles, essentiellement peuplées de chèvres, qui se nourrissent des poubelles jetées par les fenêtres. J'arrive sur les remparts, abandonne rapidement le rempart sud, intenable, pour gagner le rempart ouest, ombragé, faute de ruelle permettant de regagner l'intérieur de la ville. Rencontre avec des chevreaux dans un enclos, échanges de gestes amicaux avec le propriétaire qui abreuve les chèvres d'un autre enclos depuis sa fenêtre. Retour à l'intérieur de la ville. C'est joli mais vraiment trop sale (Photos). Je regagne les remparts et entame une vague discussion avec des gamins qui m'interpellent depuis une fenêtre. J'offre à l'un d'eux ma casquette Yéménia, acquise le matin, et apprendrai à mon retour au bus le sens de qalam, répété avec insistance par plusieurs gamins : "crayon". Certains ont fait des achats, parfois étranges, telle une porte, qu'il faudra rapporter (!) à Al Mukalla, puis en avion à Sana'a et enfin à Paris.

Nous repartons, en direction d'un hôtel où nous sommes attendus pour déjeuner... Encore manger ? L'hôtel, luxueux, est pourvu d'une piscine, dans laquelle quelques uns finissent plus ou moins volontairement, tandis que d'autres préfèrent s'étaler sur la pelouse. Nous chipotons devant les plats. La fatigue commence à se faire sentir. Nous repartons cette fois vers Sayyun, terme de notre périple, auquel nous ne pouvons renoncer : prévenu on ne sait comment de notre passage, le directeur du musée installé dans l'ancien palais de l'Imam l'a fait ouvrir exprès pour nous. Il faut y aller. A l'avant du car, certains s'aperçoivent que le chauffeur se frotte les yeux, voire dodeline de la tête. Panique : Fouad se lève pour aller lui faire la conversation, nous acceptons avec enthousiasme la musique, que nous avions refusée au départ, et chacun surveille le chauffeur prêt à hurler au premier signe d'endormissement. Il doit aussi nous ramener...

Le palais est une immense construction blanche (Photo), au plan à peine plus simple que celui du palais de Dar al Hajar, et j'adopte pour mon usage personnel une petite pièce toute ronde, située dans les derniers étages avec vue sur la partie la moins dense de la ville et sur les falaises; Kalou, l'homme qui se prend deux PV à la minute, la veut aussi mais j'ai dit preums. La collection est assez riche, surtout pour le néolithique, mais la lassitude l'emporte sur mon intérêt pour les alphabets anciens (Photo) et je gagne rapidement la terrasse du sommet - c'est beau (Photos) - avant de redescendre : mission accomplie. Pendant que certains sont encore dans les étages, je déambule entre les étals restants d'un marché. Je ne trouve pas d'écharpe mais un keffieh. Apprenant que je suis française, le vendeur me répond "Zidane, Henri" et je découvre une marque de chemises "Zidana" : sans commentaire.

Il est temps de regagner l'Holiday Inn. Retour dans Hadramout Wadi. Traversée d'un village dont l'équipe vient de remporter le championnat régional de football : tout le monde est dans les rues, crie, applaudit, les cars sont bloqués, deux militaires de l'escorte remontent la file en petites foulées et vont dégager le carrefour. C'est pratique une escorte finalement. La nuit est tombée. Le chauffeur, peut-être sous l'effet du qât, semble plus vaillant, notre car échappera à la musique à fond pendant tout le trajet. Malgré les plaisanteries continuelles de Gaétan et Jeanry, belges, il est interminable, on ne voit rien, je suis sur la roue, avec le sac chargé des patins, qui n'auront pas servi, entre les jambes. Nous remontons sur le plateau. La redescente dans la plaine se fait indéfiniment désirer. Enfin on aperçoit les lampadaires de l'autoroute. Il est 22h30. Le voyage du retour aura duré 5h. Qu'on ne me parle plus jamais de bus !

Le personnel de l'Holiday Inn nous a attendu. Passage rapide par les chambres, une douche ultra-rapide, un car wash comme disent les belges. Dîner. Un tour dehors : respirer, bouger, regarder la mer. 1h00, il serait peut-être temps d'aller dormir.

Fin du cinquième jour.

Samedi

Réveil spontané vers 7h30, p'tit dej', douche moins expéditive que la veille, bouclage partiel des sacs. Nous n'avons rendez-vous dans le hall qu'à 10h00, ou peut-être 10h30, ou 10h00 pour que ce soit 10h30, afin de reprendre un bus vers l'aéroport. Je me rends sur la plage voir si les bernard lhermite sont toujours là. Retour à l'hôtel. Bouclage complet des sacs. Arrivée dans le hall à 10h00. Quelqu'un prévient Claire qu'un cadeau l'attend dans la sa chambre. Elle remonte. D'autres descendent avec des sacs en papier plastifié décoré de fleurs. Nous avons tous des cadeaux dans nos chambres : six boîtes de henné (si quelqu'un en veut...), un pot de myrrhe, un autre d'encens et une boîte d'un kilo de miel, comme celle que j'hésitais à acheter la veille, yeah ! Merci m'sieur le gouverneur ! Embarquement des bagages, y compris la porte, dans le bus à bagages, des bipèdes dans les deux bus à bipèdes - encore la roue ! c'est une malédiction ?! -. Arrivée à l'aéroport, la présence de Fouad accélère notablement les formalités. J'achète un futah au passage. Embarquement. Prière. Décollage. L'avion ne semble pas trop savoir ce qu'il fait, ni où il va. Il prend de l'altitude, redescend, bifurque vers la mer au lieu de partir vers le nord ouest, remonte, redescend, repart pour un grand virage. Ayant repris sa trajectoire normale vers Sana'a, le pilote nous annonce que ce tour supplémentaire destiné à nous permettre d'admirer une dernière fois Al Mukalla nous était gracieusement offert par la Yéménia. C'est gentil mais il aurait pu le dire avant, parce que là, nous avons surtout pensé à repérer les issues de secours.

Atterrissage à Sana'a. Ali nous apprend à mettre un keffieh pendant que nous attendons les bagages. Récupération des susdits, embarquement dans trois bus, pour aller d'abord déjeuner. On se disait aussi que cela faisait longtemps que l'on n'avait pas mangé. L'un des bus peine franchement à monter la côte, s'arrête en plein milieu. Montera, montera pas ? Ça repart. Déjeuner : mezze, viande et riz, bananes. Faute de place, nous ne retournerons pas loger à l'Arabia Felix et serons répartis dans deux hôtels, l'un, le Golden Dar pour les couples auxquels devront s'ajouter quelques célibataires, l'autre, le Taj Tahal, pour les célibataires restants. Claire constitue une liste attribuant un hôtel à chacun. Les trois bus s'engagent dans la vieille ville avec la prétention de nous déposer exactement devant le Golden Dar, ils y parviennent mais ne renouvelleront pas l'opération : l'étroitesse des rues se prête assez mal aux manœuvres des plus de 3,5 tonnes. La liste constituée un peu plus tôt est oubliée : tous ceux qui le peuvent s'installent dans le Golden Dar et nous ne sommes guère qu'une dizaine à partir à la recherche du Taj Tahal. Certains s'énervent, d'autres n'ont pas de chambre, s'énervent parce qu'ils n'ont pas de chambre, les couples de coloc' constitués depuis le début de la semaine se dissolvent, deux ou trois posent leurs sacs au plus près et s'en vont parcourir la ville. La plupart des chambres sont prévues pour trois. J'ai la chambre 403, les marches sont hautes, le sac ou plutôt les sacs sont lourds, le porteur de l'hôtel me soulage de mon seul sac de cabine pour les 10 dernières marches. Choukrane mais bon ! Durant les deux jours que nous passeront à Sana'a, aucun d'entre nous ne parviendra à monter ces quatre étages sans être complètement essoufflé. Je m'installe avec ma nouvelle coloc'. Deux gars, qui ont hérité d'une chambre avec un seul grand lit, nous demandent notre troisième lit, les menaces de dislocation du sommier les convaincront de se contenter du matelas.

Rendez-vous à 16h00 ou peut-être 16h30 à moins que ce ne soit 17h00 pour une nouvelle séance d'initiation aux rollers sur le parking de Fun City, un mini parc d'attraction, en périphérie de Sana'a. Nous passons devant la nouvelle mosquée, encore en construction : immense (Photo). Des enfants et des hommes jeunes se rassemblent progressivement autour de nous. Trois fillettes ont leurs propres patins et savent s'en servir. Nous prêtons aux autres ceux que nous avons apportés à cette fin ou les nôtres - "quelqu'un a un 42 ?" -. Un des gars présent s'amuse particulièrement des mouvements erratiques d'un de ses copains, je lui promets qu'il sera le prochain à essayer. Yéménite, il n'est ici qu'en vacances et vit à Los Angeles - "and you never tried to skate ?!" -, promue his teacher, je dois avouer que ma pédagogie est à revoir. Plus tard, presque tout le monde s'est rassemblé dans un coin du parking et tape dans les mains. Claudia s'est lancée dans une démonstration de danse, elle est douée, un autochtone, en fait étudiant israélien, sort des rangs pour la défier, elle joue le jeu, casquette tournée ostensiblement sur le côté, mimique bravache de titi parisien, la gestion du tee-shirt lors des figures sur les mains reste approximative mais l'assistance est conquise (Photos). Nous restons 2h30 et fixons un rendez-vous, imprévu, pour le lendemain 17h. Claudia a une battle, pas question de décevoir.

Retour à l'hôtel pour poser les patins. Manger - encore ? -. La Lune est presque pleine. Ce soir : rando. L'horaire est vaguement fixé à 23h30, avec l'idée qu'il n'y aura plus de circulation sur Al-Wadi, mais ce pourrait aussi bien être 22h30 ou 23h00 ou plus tard car Ali nous a réservé le hammam. Nous nous retrouvons en bas du Golden Dar, certains avec un maillot de bain, d'autres avec leurs rollers à la main ou, pour les plus courageux, aux pieds. Le revêtement des rues de Sana'a est constitué soit de gros pavés, polis et bien jointés mais très bosselés, soit de dalles de basalte très lisses, idéales, mais dans les deux cas, il faut compter avec de multiples ralentisseurs, plus ou moins féroces, des plaques d'égout, des trous et divers autres pièges à rollers que nous nous efforcerons de nous signaler les uns aux autres. C'est parti. Première difficulté : la rampe d'accès à Al-Wadi, une pente assez forte, des gros pavés, des marches puis des ralentisseurs, un des belges, Philou, un peu distrait, se retrouve dans le caniveau plein d'eau. Remontée d'Al-Wadi, dalles de basaltes et ralentisseurs, demi-tour, sortie par la dernière rampe d'accès, gros pavés et ralentisseurs. Arrêt devant un militaire en faction. Gildas, qui a pris la tête avec un plan, peu fiable en réalité, demande par gestes l'autorisation de continuer en montrant le parcours projeté. Le factionnaire s'en fiche manifestement et fait signe du pouce que tout est pour le mieux. Depuis notre retour à Sana'a, nous bénéficions apparemment de l'estampille vus à la télé, certains passants nous l'ont dit, d'autres nous lancent des welcome to Yemen, lors même qu'ils n'ont semble-t-il rien à nous vendre, ce nouvel accueil se confirmera durant toute la journée du lendemain. Pour ce soir, nous repasserons souvent à ce même endroit, dans un sens ou dans l'autre. Lors de la cinquième ou sixième fois, nous devrons tenter d'expliquer notre cas à une brigade purement arabophone et j'ai cru comprendre qu'après la douzième fois, les randonneurs restants ont bénéficié d'une escorte.

Détours dans les petites rues aux obstacles multiples et diversifiés. Olivier insiste pour que nous prenions une de ces grandes avenues très bien asphaltées afin de retourner à la très grande mosquée, manifeste sa mauvaise humeur par tous les moyens, il est seul de son avis et, après quelques échanges assez vifs, il est entendu que Gildas gardera la direction des opérations et que nous resterons dans la vieille ville. Le parcours est aléatoire, des rues non-marquées sur le plan comme pavées le sont, d'autres sont introuvables ou totalement impraticables. Il vaut mieux éviter de regarder autre chose que le sol (Photos). Lors d'un n-ième passage sur Al-Wadi, un autochtone et néanmoins dunkerquois nous hèle d'une voiture. Discussion autour du Qât. Il nous dit tout sur les filières d'importation, illégale*, depuis l'Ethiopie, c'est le meilleur, via l'Allemagne et soutient que le principe actif est la vitamine B12 : interrogée sur ce point le lendemain, Dominique, médecin, manifestera un scepticisme certain. Retour dans la vieille ville. Tours et détours dans le souk désert. Nous en sortons par Bab el Yémen et gagnons par l'extérieur la dernière rampe d'accès d'Al-Wadi, où nous retrouvons les deux Claudia sorties du Hammam et entreprenons de parlementer avec la brigade arabophone. Il est 1h30. Rincée, j'annonce mon intention de retourner à l'hôtel, nous partons à deux, parcourons Al-Wadi dans les deux sens sans parvenir à retrouver la bonne sortie - juste une confusion entre les deux côtés, aisément remédiable, une fois identifiée -. Rencontre de Claire et d'une autre qui ont aussi renoncé. Passage au Golden Dar, les vieux pavés qui paraissaient rédhibitoires au départ sont devenus parfaitement gérables, sauf dans le faux plat montant qui mène au Taj Tahal : je dois reprendre mon souffle au milieu, l'altitude ne me réussit décidément pas. Retour à l'hôtel où Olivier est déjà arrivé, d'autres auront continué à rouler jusqu'à 3-4h du matin et Ali, franchement inquiet, les aura attendus jusqu'à leur retour. Ce gars-là mérite la sanctification car pour moi, c'est dodo.

Fin du sixième jour.

* En France, le qât - les feuilles de catha edulis - est classé comme produit stupéfiant (Arrêté du 19-07-1995 modifiant l'Arrêté du 22-02-1990, cf. Liste donnée par l'AFSAPS), notion prévue par l'article 5132-1 du Code de la Santé Publique, qui en réprime l'usage et l'incitation à l'usage (aa. 3421-1, 3421-4).

Dimanche

Debout vers 7h30 après une mauvaise nuit. L'hôtel est tout près d'une mosquée, impossible d'échapper à l'appel à la prière de 5h00 et je n'ai dormi ensuite qu'en pointillés. Montée au 6ème étage de l'hôtel. Une terrasse permet de voir la vieille ville au ras des toits. D'autres terrasses, invisibles depuis la rue, se découvrent, ainsi que des cours intérieures, plus proches de la cour à poussière que du patio, et plus rarement des jardinets (Photos). Des écoliers, en uniforme kaki, passent dans la rue, des écolières aussi, souvent adolescentes, en robe également kaki, couvertes d'un simple hidjab blanc, très exceptionnellement complété par un voile noir qui leur masque le visage (Photo). Comme tous les élèves, certaines ont sorti leurs cahiers et comparent leurs résultats. Il fait frais, le soleil est encore bas sur l'horizon, la circulation automobile encore réduite. Petit déjeuner dans la cour intérieure du rez-de-chaussée. Tea or coffee ? Par défaut ma réponse - coffee, please ­- vaudra pour les suivants. Petit déjeuner typiquement yéménite : une noix de confiture de composition inconnue, une frite de beurre, une portion de fromage fondu, trois bouts de pain, une omelette très fine, quant au café...; aucune raison de s'attarder. Rendez-vous à 9h30 au Golden Dar pour rejoindre la conférence de presse prévue à 10h dans un grand hôtel de la périphérie. Certains, qui ne les lâchent plus, s'y rendront en rollers, la plupart en bus. On nous distribue de nouveaux tee-shirts et casquettes officiels du marathon, nous avons été enjoints d'apporter nos médailles et de les porter à cette occasion. Chacun s'exécute plus ou moins. Ali nous annonce que les chambres dans lesquelles nous devions pouvoir entreposer nos affaires jusqu'au soir devront finalement être libérées avant 11h. C'est impossible. Avant 15h, alors ? Certains le feront, d'autres non, au reste nous serons tous toujours pris par le temps et plus ou moins dispersés, ma chambre attendra la fin de la journée.

Claire, Khadija, plus trois ou quatre d'entre nous, choisis sur la base de critères principalement linguistiques - maîtrise de l'anglais -, sont à la tribune pour exprimer chacun leur opinion sur notre séjour et répondre aux questions des journalistes. L'une d'entre eux signale incidemment que le roller est certainement une activité très propice à tout un tas de choses mais qu'il n'existe au Yémen, ni assurance, ni sécurité sociale. Sorti quelques minutes, Ali est nommé à l'unanimité président de la première association yéménite de rollers. Les déclarations se succèdent, parfois très convenues, parfois moins, souvent répétitives, l'ensemble dure plus d'une heure. C'est long. Nous passons un moment près de la piscine tandis que certains s'expriment devant une caméra, puis repartons. Visite libre du souk : il est 12h15, nous devons être de retour à Bab el Yémen à 13h30 dernier délai pour aller déjeuner. Nous nous dispersons (Photos). Certains ont encore leur médaille autour du cou : leur succès est tel qu'ils les ôteront assez vite. Welcome to Yemen. J'avise une boutique de pashmina, pas vraiment yéménites, mais j'en cherchais récemment : 1200 rials l'un, j'en prends trois, 3000 rials, c'est bien ainsi que je l'entendais. Nous sommes maintenant une dizaine dans cette boutique. Nous repartons à deux, traînons dans les rues, certaines à peine assez larges pour nos pourtant frêles épaules, avec la vague idée de repasser par l'hôtel, que nous retrouvons un peu miraculeusement. Il est 13h, il faut songer à retrouver Bab el Yémen. Normalement en tournant toujours une fois à droite, une fois à gauche, ça devrait être bon. Sur le plan, c'était bien ça mais, d'impasses en détours, nous nous retrouvons derechef devant l'hôtel. Interrogation de deux autochtones de passage, qui font un vague geste, nous les suivons, ils nous ignorent totalement mais quelques minutes plus tard avisent un gamin et lui demandent de nous guider. Choukrane. Après avoir fait comprendre à notre guide, que nous n'avions pas le temps de faire une visite historique, ni de courir les boutiques, il nous conduit tout droit à Bab el Yémen, refuse en un premier temps les 200 rials que je lui propose, puis revient m'en demander 100. Toute paire mérite sa laine.

Les autres arrivent peu à peu, plus ou moins encombrés de marchandises diverses, dont un fronton en bois pour Marc : c'est bien, la porte se sentira moins seule dans la soute ! Agnès s'est acheté un keffieh, un futah et une de ses bandes de tissu décorées que certains hommes utilisent pour tenir assis genoux fléchis sans fatigue et qu'ils portent en bandoulière le reste du temps. Le vendeur l'a habillée/déguisée en homme yéménite, elle est superbe et, afin de compléter la panoplie, nombre de passants lui proposent leur jambia, un couteau arrondi que beaucoup d'entre eux portent, passé dans une ceinture spéciale, au niveau du nombril (Photo). Elle refuse mais acceptera plus tard celui du chauffeur pour la photo. Tout le monde est arrivé hormis certains déserteurs déclarés. Déjeuner dans un excellent restaurant : mezze, une viande délicieuse sur laquelle nous nous interrogeons, ma part inclut une omoplate, bien trop grosse pour un lapin, bien trop petite pour un chevreau, un petit chien peut-être ?... en réalité de l'agneau de lait; dommage que je n'ai pas faim. En dessert, des galettes au miel, ça change des bananes.

Retour à l'hôtel. Les femmes souhaitant se rendre au (premier jour du) mariage de la nièce de Khadija ont rendez-vous à 16h30 au Golden Dar et doivent avoir leurs rollers avec elles. Les autres ont rendez-vous à 17h00, non 17h30, enfin 17h10 ou 17h15. Molle entreprise de bouclage partiel du sac, longue station sur la terrasse, récupération des rollers en vue de la deuxième séance d'initiation à Fun City. Certains partent en rollers, la plupart en bus. Le yéménite de L. A. est présent mais refuse catégoriquement une deuxième séance. Une gamine, entièrement débutante mais qui a l'insigne mérite de parler anglais, se laisse systématiquement tomber dès qu'on la tient, Fabrice, Claudia (la brune) et deux autres se découragent. Ayant observé son manège, je relève le défi, refuse de la tenir et, si elle tombe, il est entendu qu'elle se relèvera toute seule. Echange un peu vif avec un autre patineur : je me fiche éperdument des difficultés de la gamine à trouver son équilibre, assume le statut de bourreau d'enfant et n'espère rien tant que de la voir se fracasser la tête sur le bord du trottoir ! D'autres questions ?! L'ambiance commence à devenir tendue, il est temps de rentrer à Paris. Au bout d'environ une heure à répéter inlassablement hands on the knees, geste à l'appui, la gamine tient debout toute seule et se paye de luxe de se moquer des chutes de son père : elle aura gagné les rollers qu'elle a aux pieds et que nous n'avions pas l'intention de remporter. La battle de Claudia a tourné un peu court faute d'appareil à musique fiable. Les amateurs d'initiation sont nombreux mais nous avons peu de temps : dîner à 21h00 avec Faris, l'ambassadeur du Yémen à Washington et le ministre du tourisme, nommé la veille, qui s'est raccroché aux festivités à la dernière minute.

Retour à l'hôtel : nous avons 20' chrono. pour prendre une douche, boucler les sacs pour ceux qui ne l'ont pas fait et revenir au Golden Dar. J'oublie la douche, le bouclage du sac est une opération de haute dextérité : outre les patins et les vêtements initiaux, doivent entrer une écharpe, un keffieh, un futah, une grande robe, six boîtes de Henné (que certains abandonneront lâchement à l'hôtel), la myrrhe et l'encens, le miel restera dans le sac de cabine afin de réduire l'ampleur d'une éventuelle catastrophe. Tout est rentré. Filer au Golden Dar, mettre les bagages dans un bus, s'assurer que seuls les bagages de ceux qui restent jusqu'à vendredi sont encore dans l'hôtel - pas inutile -, monter dans un autre bus. Restaurant : mezze, le même poisson que mardi, divers plats inconnus. Discours de Faris, puis du ministre : amitié entre les peuples, importance de se connaître etc. Nouvel enregistrement télévisuel pour quelques uns. Cadeaux : un collier, deux numéros d'Arabia Felix, magazine trimestriel moitié en anglais, moitié en arabe, dont l'un avec un CD de musique yéménite, des affiches, dont le transport sera extrêmement aisé dans l'avion, j'y renonce.

Fin du septième jour.

Lundi

00h00, aéroport, distribution des billets, début de l'enregistrement des bagages. Claire, qui devait prolonger son séjour mais s'est ravisée, devrait en avoir un, il est introuvable. Certains restent avec elle tandis que d'autres sont déjà dans l'aire de départ. Une cartouche de Marlboro à la boutique hors taxe : 10 euros. Passage dans l'aire d'embarquement. Le message circule : nous refusons d'embarquer tant que Claire n'a pas de billet. A la recherche de la zone fumeur nous retournons dans l'aire de départ. Le problème est réglé. Claire a son billet. Une foule de comoriens en transit envahit l'aéroport : des hommes, des femmes, des nourrissons, qui ne manqueront pas de se manifester durant la nuit. Prière. Décollage à deux heures. Dormir. Ceux qui ont commencé sont rapidement réveillés par les hôtesses, qui tiennent absolument à ce qu'ils aient leur plateau repas. Jamais on n'arrête de manger dans ce pays ?! Découverte de la modernité : les appuis-têtes sont réglables et les côtés rabattables pour éviter les torticolis; bravo Airbus. Dormir. Réveil vers 7h00. Petit dej'. L'avion a une heure de retard. A l'atterrissage, le pilote branche une caméra permettant de voir la piste, annonce -3°C, émotion générale, puis se ravise, 4°C, en plus il pleut. Si on attend encore un peu, montera-t-il jusqu'à 8°C ?

Débarquement. Contrôle des cartes d'embarquement à la sortie de l'avion. Crainte des resquilleurs ?! Premier contrôle rapide des passeports par la police. Couloirs sinistres. Passage de l'immigration. Sur un écran : Sana'a : livraison des bagages annoncée pour 8h41. Sana'a : livraison en cours. 9h15, Sana'a : livraison terminée. La moitié d'entre nous n'ont pas récupéré leurs bagages. On avise un guichet. Gildas explique assez sèchement que l'avion est encore au sol, qu'il serait judicieux d'aller vérifier si un container n'a pas été oublié, histoire d'éviter que 60 personnes, à la louche, se retournent contre la Yéménia, l'aéroport et plus si inimitié. L'alerte est donnée. Le container avait été oublié à l'extérieur. L'écran affiche de nouveau Sana'a : livraison en cours. Chacun récupère son bien. Trouver la sortie, comprendre les panneaux indiquant la direction du RER, trouver le bouton correspondant dans l'ascenseur de la Porte 20, la bonne navette. 9h45, nous arrivons au RER, la prochaine rame directe pour Paris est à 9h52.

Fin de l'aventure, à vous les studios.

 

 

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Photos du voyage (ajoutées à mesure des livraisons)

Tortue Géniale

Les portes de Marc

Josiane

Romain

Alain (photos visibles jusqu'à mi-avril)

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JMP le roller raleur

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